dimanche 6 avril 2014

Écrivains dans un bocal chapitre 3

Episode 3 : on garde le même personnage, la même période
Mais les contraintes sont :
Le Lieu : une église
Action : l’héroïne doit provoquer un accident
La contrainte d’écriture proprement dite : il faut qu’apparaisse dans le texte ces 4 mots : salade, montagne, fraise, vélo

Chapitre 3

Le week-end arrive enfin, il faut dire que Caroline n’avait plus trop l’habitude de se lever régulièrement si tôt. Depuis quinze jours, elle mène un rythme d’enfer, enfin juste un rythme d’une employée auquel elle doit se faire. Curieusement ses parents ne sont pas vraiment heureux de la voir travailler. Caroline finit par se dire qu’ils n’étaient pas si mécontents de partager leur temps avec elle, entre un père qui se sauve à la pêche avec des copains constamment et une mère qui s’ennuie ferme chez elle, elle était un bon divertissement pour eux et redonnait un peu de vie dans cette grande maison. Mais bientôt, elle va pouvoir enfin se prendre en charge et réintégrer une vie normale, réinstaller son petit coin à elle et ne plus dépendre de ces chers parents qui lui pèsent un peu trop.
Une phrase de plus  l’a mis à l’envers ce matin lorsque Caroline a prévenu qu’elle n’était pas là aujourd’hui  suite à une invitation  au mariage de son amie Sophie. 
-           Et bien comme quoi tout peut arriver, si même Sophie se case enfin, ça devrait pouvoir t’arriver à toi aussi … réplique sa mère avant de replonger dans ses mots croisés.
Comment supporter encore longtemps ce genre de sarcasmes ?  Caroline se sauve plus qu’elle ne part et ravale ses larmes ainsi que les quelques paroles désobligeantes qu’elle lancerait bien à sa mère, fatiguée de l’entendre se lamenter sur tous les petits enfants qu’elle ne lui a pas encore fait…  
L’église est bondée, caroline est en retard, une habitude qu’elle doit vraiment combattre. Elle se faufile un peu, cherche des yeux les copines qui font partie de leur bande depuis leur jeunesse. Une blonde échevelée lui fait signe, et permet à Caroline de s’asseoir derrière un pilonne. Dommage, elle ne voit pas grand-chose du mariage, mais elle est contente à l’idée qu’elle a une chance de s’amuser ce soir. Et puis elle a plein de choses à raconter à ses amies qu’elle avait négligées ces derniers temps, déprimée qu’elle était et de mauvaise compagnie comme elle se plaisait à leur dire à chaque appel de leur part. Elle a enfin reprit un statut social, elle ne pointe plus au pôle emploi et sa vie est redevenue intéressante. Le sourire aux lèvres, c’est à peine si elle écoute le sermon du prêtre, elle s’autorise même à penser que la chance tournant pour elle, elle rencontrera peut-être enfin l’homme de sa vie et fera plein de petits enfants à sa mère. Si dans les églises, les pensées sont des prières, alors elle n’a pas fini de s’adresser aux anges et lorsque la musique de sortie s’élève, elle redescend sur terre et se sent toute guillerette.
-           Mais tu es resplendissante ! C’est cette mielleuse de Romane qui lui sort sa phrase fétiche, avec elle tout le monde resplendit, à croire qu’elle vit illuminée par ses rencontres, Caroline la délaisse très vite pour aller embrasser la mariée.
-           Félicitations ma chérie, lui souffle-t-elle dans la nuque en l’embrassant, comme je suis heureuse pour toi
-           Merci, merci, je suis sur un nuage et Cédric est le meilleur des hommes, répond celle qui venait de dire « oui » pour la vie. Je te souhaite le même bonheur Caroline. Tu sais où se situe la soirée ?
-           Oui, j’ai mis l’adresse sur mon GPS, ne t’en fais pas, je ne me perdrais pas, je ne resterai pas très tard tu sais...mais elle n’a pas le temps de finir sa phrase, la mariée est happée par le défilé des félicitations et Caroline se retrouve  sur le pavé de l’église un peu étourdie par tant de monde.
Une fois dans sa voiture, l’émotion qu’elle ressent est si forte qu’elle se retrouve inondée de larmes, elle sait bien que ce n’est pas le moment de se laisser aller, que son rimmel va couler, que ses yeux seront rouges d’ici deux minutes mais c’est plus fort qu’elle. Ce mariage la déstabilise, qu’est-ce que ce sera après quelques verres se dit-elle, en s’efforçant de faire disparaître sur son visage toute trace de tristesse. Allez, ma grande, reprend-toi, tu as une nouvelle vie devant toi et il doit bien exister sur terre un prince malheureux de ne pas rencontrer une princesse de trente cinq balais et de lui faire plein de gosses.
La soirée se poursuit lentement, Caroline est coincée entre une mamie qui a décidé de lui parler de ses petits enfants, les énumérant un par un, listant toutes leur qualités, les décrivant comme les plus beaux enfants du monde et le vieux tonton, ancien guide de montagne qui inlassablement lui parle des courses qu’il a fait quand il était jeune. Le nez dans sa salade de fruits, elle a hâte que ce repas se termine et trie les morceaux de fraises un par un, histoire de se donner une contenance et de faire passer le temps.
Enfin de la musique, la mariée entame quelques pas de valse avec son père, le marié avec sa mère. Les traditions ont la vie dure dans cette famille. Caroline s’est levée de table et se rapproche d’un groupe d’amis qu’elle connait depuis bien  longtemps.
-           Oh, Caro, tu étais où ? C’est quoi ce plan de table, on dirait que Sophie a tout fait pour séparer ses amis…
-           Pas si facile de contenter tout le monde, crie Caroline dans ce brouhaha, et tirant par la manche sa copine Bénédicte, elle l’entraîne dans la danse, viens s’égosille-t-elle, le disque-jockey a enfin compris, place aux jeunes…
Elle danse depuis quelques minutes, lorsque son regard s’arrête sur un homme qui vient de rentrer dans la salle. Caroline se retrouve dans la seconde qui suit, en arrêt, ces hommes ne sont autres que François et son cher associé qui le suit comme une ombre.
-           Aie, glisse-t-elle à l’oreille de Bénédicte, je ne veux pas voir ces deux hommes, ce sont  mes nouveaux patrons, je me demande bien ce qu’ils font là, je ne les ai pas vu à l’église tout à l’heure.
-           Je crois que le plus grand est un ami du marié, tu as enfin un travail ? Et tu fais quoi, cachotière ? Et sortant de la piste, les voilà se repliant dans un coin de la salle.
-           Tu es toute blanche, Caro, que t’arrive-t-il ?
-           Je ne me sens pas bien, je crois que je vais rentrer, et puis je ne tiens pas à me retrouver nez à nez avec eux.
-           Tu veux que je te raccompagne, tu n’as pas trop bu ? Ça va aller ?
-           Oui, oui, ne t’inquiète pas, je vais juste faire un tour, prendre un peu l’air.
-           Ok,  je retourne danser, lance Bénédicte qui l’abandonne près de la porte.
Caroline est dehors, elle respire un grand coup, elle n’est pas très sure d’avoir envie de se voir inviter à danser par ce Romuald qui lui fait suffisamment de gringue au bureau, sans en plus lui donner l’occasion de la peloter sur une piste de danse. Elle décide de partir et retournant dans la salle pour récupérer ses affaires, elle ne voit pas le fil électrique posé par terre. Elle se prend les pieds dedans, titube puis tombe et tirant sur le fil par sa maladresse, elle entraîne l’enceinte posée juste vers la sortie. Celle ci s’ébranle et finit par tomber sur une dame assise qui portait son verre à ses lèvres et ne se doutait pas qu’une baffe allait lui tomber sur la tête. Cette dernière surprise se met à crier,  Caroline, par terre elle aussi, se relève et se retrouve apostrophée par le mari de cette dame
-           Dites-donc, mademoiselle, vous ne pouvez pas faire attention, vous avez failli tuer ma femme
Dans la salle pleine de monde, le temps s’est arrêté, Caroline, rouge de confusion voudrait passer par le trou d’une souris et disparaitre, la musique est stoppée, les gens commencent à affluer vers la victime.
-           Je suis médecin, laissez moi passer, interpelle un homme qui s’approche de celle qui se plaint de la tête, j’ai bien peur qu’il faille vous emmener à l’hôpital, recevoir une masse pareille sur la tête peut provoquer un bon traumatisme. J’appelle les pompiers.
-           Je suis désolée, essaie de dire Caroline, mais personne ne l’entend, elle qui voulait partir discrètement, vient de provoquer un accident… elle a envie de pleurer, elle ne sait que faire. Se retournant vers son sac qu’elle attrape rapidement, elle marche le plus vite qu’elle peut vers la sortie. Un homme vient de la prendre par le bras, l’entraînant gentiment à l’extérieur, elle se laisse guider comme étourdie, elle n’a même pas vu que son genou saignait, elle veut juste s’en aller et rentrer chez elle.
-           Et bien, pour une surprise, c’est une surprise, et de taille avec tout ce vacarme, on peut dire que vous êtes un sacré trouble fête ce soir, sourit son cavalier… qui n’est autre que François. Allez, venez, en plus vous boitez, on va regarder ça. Ne vous en faites pas pour cette dame, elle n’est pas morte, elle vient juste de prendre une baffe, on s’en remet, croyez moi. Il faut dire qu’ils auraient pu éviter les fils qui trainent dans une soirée dansante, vous pourriez presque porter plainte contre le DJ.
Cette dernière remarque arrache un sourire à Caroline qui semble avoir perdu sa langue.
-           Caroline, je ne savais pas que vous connaissiez Paul, lui dit François, c’est un super copain, nous faisons du vélo ensemble depuis des années. Je ne vous avais jamais vu avec lui.
-           C’est peut-être parce que je suis amie avec Sophie, la mariée, lui rétorque Caroline en retrouvant ses esprits. Je suis vraiment navrée d’avoir provoqué cette catastrophe, je voulais juste prendre mon sac et partir.
-           Partir, alors que la fête ne fait que commencer… allons, écoutez, ils ont remis la musique, vous voyez, rien de bien grave, allez venez, je vous invite à danser, si votre jambe vous le permet évidemment.
-           Et bien, je ne sais pas, je suis un peu fatiguée et…
-           Pas de chichi, vous n’allez pas refuser une danse à votre nouveau patron… Et il l’entraîne dans un slow que vient tout juste de relancer le DJ…





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire