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dimanche 1 mai 2016

NEW YORK

Quelques heures de vols pour une famille presque complète… quelques heures de vols et un atterrissage contrôlé dans le pays des rêves d’une grand-mère enchantée. New York, destination souhaité, New York, destination voulu depuis plus de 80 ans. Rêve d’une petite fille, d’une femme, d’une maman, d’une grand-mère, arrière grand-mère qui va se réaliser. Un beau voyage, entourée de ses enfants et petits enfants. Malheureusement, tous n’ont pas pu venir, pas de vacances pour certains, pas assez de temps pour les autres, pas d’argent pour encore d’autres, mais on emporte leur cœur avec nous afin de partager à notre retour ces moments de bonheur. Visites de musée, rencontre d’un troisième type sur la statue de la liberté où j’aurai la chance de fêter mon anniversaire au dessus de cette ville mythique qui m’éblouira de ses milles feux et me donnera l’impression d’être l’actrice du Titanic. Prête à m’envoler avec tout ce petit monde, je savoure déjà ce bonheur rien qu’en préparant ma valise, je me ravis de ces sourires qui vont se fondre entre eux dans des moments de délires où la détente sera à son maximum. Bonjour New York, attention, nous arrivons en force goûter tes couleurs et visiter ton cœur 

lundi 6 avril 2015

Le rêve de Laure



C’était complètement fou, je volais dans les airs sans savoir vraiment où aller. Les toitures de maisons étaient mon horizon et lorsque je planais dans toutes les directions c’était sensationnel. N’empêche que j’avais tout de même plein de problèmes à régler ce jour là et on m’avait donné l’adresse d’un super psychologue tellement renommé, que l’on faisait la queue devant son cabinet pour le consulter. J’aperçus de ma hauteur, le long chapelet que formaient tous ses clients, comment faire pour aller interroger ce manitou sans que cela me prenne le jour entier ? Je le voyais par transparence assis à son bureau, à l’écoute, sérieux, dodelinant de la tête, et donnant à chaque visiteur une ordonnance. Ces derniers repartaient le sourire aux lèvres, le pas léger et je les enviais de mon point de vue culminant. Sans réfléchir aux conséquences, je fonçais tête première vers la procession et fendant le plafond, j’atterris dans la file sans demander la permission. Des oh, des ah s’exclamèrent de toutes parts, voulant me faire comprendre leur indignation, les gens commençaient à me pousser du coude, à me bousculer vraiment, mais c’était sans compter sur ma force de persuasion, sur le sourire ravageur que je leur lançais, sur la volonté de fer que j’avais de rester derrière les quelques personnes proches du bureau du gourou.
Arriva très vite mon tour, et une fois en face de lui, je commençais à bafouiller, il faut dire que je n’avais pas vraiment prévu l’ordre de mes questions à lui poser, mais j’arrivai enfin à les lui formuler :
-        Rien ne va dans ma vie, mon mari ne me regarde plus vraiment, mes enfants sont constamment malades, mes finances sont catastrophiques, je ne fais que pleurer sur mon sort et…
D’un geste du bras, il me coupa très vite la parole, était-ce parce qu’il ne pouvait consacrer beaucoup de temps à ses patients ? Toujours est-il qu’il eu la même expression que je lui avais vu du haut du ciel, un air sérieux, la tête allant de droite à gauche, un doigt posé sur ses lèvres, en pleine réflexion… Il appuya ensuite sur quelques touches de son ordinateur placé face à lui, et sortit une feuille pleine de graffitis qu’il me remit. Sur cette ordonnance était noté le prix : 80 euros pour ce bout de papier… Je payais effarée du montant et étonnée que l’entretien se termine déjà, sans même un mot de sa part, je m’éloignai pourtant le sourire aux lèvres en lisant les quelques lignes qui composaient cette prescription. Tout en sortant de la pièce, croisant quelques regards courroucés de ceux que j’avais devancés, je flottais de nouveau dans l’air et repris mon envol jusqu’au prochain nuage où je pus détailler à loisir la liste de ce que je devais prendre pour remettre ma vie à l’endroit :
Prendre chaque jour
-        Du chocolat additionnée à du miel : 3 ou 4 carreaux
-        Un bon repas bien équilibré
-        Une sortie en amoureux avec l’homme de votre vie !
C’était exactement ce dont j’avais besoin…. 

dimanche 22 mars 2015

La nuit les livres dansent !

Chez moi les livres changent tout de le temps de place…ou de mains, ils doivent  avoir une vie la nuit dans cette maison et faire un peu ce qu’ils veulent parce qu’au matin, le livre posé sur la table, la veille, n’y est plus, et je le retrouve dans une chambre au pied d’un lit ! Même sur les étagères de la bibliothèque, il y a du mouvement. Il faut dire qu’ils sont si nombreux, que certains se cachent derrières d’autres et ont sans doute besoin de respirer un peu. Alors, ils se poussent, ils se dégagent de celui qui fait de l’ombre, ils se tordent comme les plantes et cherchent  la lumière pour rappeler aux humains que nous sommes, qu’ils existent encore. Du coup, mes placards se retrouvent très chargés et surtout remplis de livres dans tous les sens !
 Pourtant, j’avais pris le temps, dans un autre temps, de les trier, de les classer, j’ai même tenté de les lister sur une bibliothèque virtuelle, un de ces logiciels qui nous promet qu’on va pouvoir les retrouver en un clin d’œil. Il suffit juste de les noter, de mettre le titre, l’auteur dans les bonnes cases, afin de permettre une recherche dans plusieurs sens… ces logiciels proposent même de rédiger un petit commentaire sur chacun d’eux et j’avais cru bon de prendre le temps de le faire. Mais finalement, les livres n’en font qu’à leur tête, surtout les nouveaux, ceux qu’on te conseille, ou qu’on te prête et que tu achètes parce qu’une fois lus, il faut qu’ils trônent avec les autres sous tes yeux, éternellement. Des fois que tu en parles à un ami et que tu ne puisses pas lui prêter parce que, "oui, je l’ai lu, oui, il m’a plu énormément, mais non, je ne l’ai plus, il était à quelqu’un  et j’ai dû le rendre…."

Ah, rendre un bouquin qui t’a parlé pendant des jours entiers, le rendre, alors qu’il est devenu ton intime durant de longues heures qui t’ont parues si courtes…le rendre et n’y plus penser, puisque impossible à relire… impossible à revoir là, posé sur le bord d’une table ou en équilibre entre deux autres compères. Non, vraiment, je préfère les acheter, les engranger, on ne sait jamais, ils pourraient me manquer… Alors évidemment, ils commencent à être nombreux sur ces étagères, du coup, je dois trouver d’autres lieux de rangement, une autre pièce pour les accueillir, en espérant qu’ils resteront bien sagement à la queue leu leu sur leur tranche. Mais non, je suis vraiment certaine que la nuit, ils farandolent dans la maison, hantent nos rêves et nos sommeils et font la fête sous notre nez qui respire l’odeur de leur papier imprimé. Ces livres qui rendent vivants, il faut bien qu’ils vivent leur histoire eux aussi ! 

jeudi 5 mars 2015

Moment du matin

Ah il m’a fait courir le coquin, ce matin j’ai même dû jouer au foot dans le froid d’un vent mordant qui  me sifflait tant dans les oreilles que j’arrivais à peine à l’entendre me crier « oh, lance plus doucement le ballon » Sacré gamin, du haut de ses 6 ans il me toise bien souvent, même si dans sa tête il ne dépasse guère trois ans. Excité comme une puce, impossible de se concentrer sur un jeu, pour le calmer je lui caresse la nuque, tout doucement, tout gentiment et quand enfin il se pose j’enlève ma main et la passe tendrement dans ses cheveux. Pour un sourire de cet enfant, je suis prête à tout et quand il me glisse malicieusement « encore des guillis », je souris intérieurement. Je suis heureuse de l’avoir apprivoisé, il est comme un petit écureuil sauvage qui me ferait sauter de branches en branches et qui accepterait, si je le suis, de  manger dans la main quelques graines, juste le temps de retomber dans son monde et de me voir à travers la brume de ces pensées incertaines.

C’est aussi çà le métier d’AVS !

samedi 28 février 2015

Papa où t'es ?

Quand à moi, je suis la même, bien que malmenée par la vie ces derniers mois, un coup sur les cervicales en septembre, puis le renversement de mon cœur le 12 novembre, jour du départ de papa pour l’autre rivage. Depuis, je remonte un peu la pente, difficilement, douloureusement. Je reprends le mord et j'essaie de refixer le sourire sur mes lèvres, le rire dans mes yeux, la légèreté disparue, je souhaite tant la retrouver. Et c’est ce qui est entrain de se faire,  lentement mais surement, après quelques mois où la tête comme le corps a souffert… fatigue intense, envie de rien, petit moment de solitude et surtout manque d’énergie. A peine envie de peindre, encore moins d’écrire, ce que je fais aujourd’hui est une preuve du début de ma guérison. Je m’autorise enfin cette pause, enfin ce petit moment que je sais court vu mon programme de ce soir, mais qui commence à donner quelques signes d’encouragement vers l’harmonie que je veux récupérer. Papa parti, c’est un vide qui s’installe et que je dois de nouveau combler, c’est des larmes refoulées et parfois lâchées, c’est un sourire que je ressens constamment au-dessus de moi, un « c’est pas grave  mon B » que j’entends quand je tends l’oreille, c’est des souvenirs sans ordre chronologique qui défilent dans ma tête à chaque fois que j’accepte de les laisser venir, à chaque fois que je suis d’accord pour m’arrêter un peu et laisser papa envahir mon esprit. Papa parti, c’est une montagne de soucis qui m’est tombée dessus, de l’administration à gogo, des coups de téléphones, des papiers à remplir, des comptes à faire. Papa parti, c’est une succession à gérer, une maison à vider, à mettre en vente un jour, c’est une page qui se tourne violemment, d’un coup et dont les conséquences nous arrivent en vague et en pleine figure. Papa parti, c’est ce dernier baiser que j’ai pu lui donner sur son lit le jour même, c’est ces mots glissés dans son oreilles et ses réponses entendues par moi seule…. Papa parti c’est ce grand « je t’aime » que je dis haut et fort, que je crie que je hurle et que je suis certaine qu’il entend d’où il est.  J’ai juste envie de retrouver mon calme intérieur, mon envie d’avancer, mon entrain et ma gaieté  je sais que tout ça n’est plus très loin, que le deuil s’est enclenché et que je vais enfin  redevenir moi, mais sans papa ! 

jeudi 16 octobre 2014

Une porte qui vole amasse des bosses (suite)


Suite du dernier épisode... si vous en étiez restés sur deux cervicales fissurées et des douleurs pénibles après la réception sournoise d'une porte sur la nuque... et bien après vérification au scanner dernièrement, nous sommes au regret de vous dire qu'il n'y a pas vraiment d'amélioration, et qu'il faut bien plus de temps pour que tout ça se remette... donc encore 5 semaines de repos au moins, avec trajet voiture au minimum et patience au maximum... du coup, pas de petite escapade à Port Camargue avec votre copine Emma comme prévu, pas de petit voyage sur Madrid avec votre petit mari comme souhaité... juste une belle maison, de la peinture à gogo pour meubler l'ennui, du travail photo et surtout ne pas retrouver vos 35 petits diables de l'école de St Marcel qui pourraient vous monter dessus et vous démonter un peu plus vos vertèbres... voilà, j'espère que vous n'êtes pas trop déçue de ce verdict mais seul le temps et la patience pourront de nouveau vous permettre de vous reconstruire... alors surtout ne pas prendre de risque !
Bon, pour vous redonner le sourire, vous pourrez enlever cette minerve qui vous énerve tant, de temps en temps, c'est à dire la nuit... mais promettez de ne pas bouger dans votre sommeil (facile) et le jour à la maison, lorsque vous aurez décidé de vous tenir tranquille. Bonne lecture, bonne sieste...heu marre de dormir,bonne journée remplie de visites de copines (bon elles ont d'autres choses à faire...),Bonne peinture, comme ces petites marguerites qui illustre nos propos,  bonne saison d'automne à regarder les feuilles descendre tranquillement des arbres pour venir se faire marcher dessus dans la cour, bon thé à 16 h devant le spectacle des écureuils du jardin qui se dépêchent de faire leur réserve et volent les amandes avant vous. Bonne reconstruction de vos vertèbres qu'il faut surtout ne pas bousculer et leur laisser le temps de refermer la plaie... et surtout bonne méditation sur la vie que vous avez eu la chance de garder et ça, ça n'a pas de prix... alors Merci la vie et  prochain scanner le 19 novembre pour la suite du feuilleton :
"Une porte qui vole amasse des bosses..."

vendredi 18 juillet 2014

Week-end en famille


Près de 40 personnes depuis deux jours dans la maison... wahou ça décoiffe... les touts petits petits avec leur biberon, leur sieste et leurs cris, les plus petits avec les repas, les mamans qui gèrent ou ne gèrent pas, les petits qui courent partout, montent, descendent, vont chercher à l'étage ce que les parents ont oubliés, redescendent avec autre chose obligeant le père à monter, après que la mère se soit débattue  pour le lui faire comprendre... les moins petits qui veulent dormir sous la tente et doivent convaincre leurs parents, les presque grands qui veulent faire une cabane... AH, la cabane, moment de joie, et de partage avec les tontons qui trouvent les bons morceaux de bois, les bonnes branches, le bon coin. Le vieux canis qui pourrit dans un coin devient les murs de la future maison, trois arbres tiendront les traverses et voilà un toit presque étanche pour les petits bûcherons du jour. Il est trop fort ce tonton, crie Mathieu... il faut dire que ça fait dix fois depuis ce matin qu'il le tire par la main en le priant de tenir la promesse faite " c'est quand qu'on fait la cabane tonton ?". Alors tout fier, ces petits grands emmènent les mamans visiter et toutes de s'extasier sur cette belle réalisation.
Et puis c’est l’heure de l’apéro… ouf, on va pouvoir se poser, se raconter, se souvenir et prendre des fous rires lorsqu’un de mes frères nous sort la blague du jour. Un repas qui dure où l’on goûte ce que chacun à apporter, et un dessert au chocolat que l’on se dispute pour en avoir deux fois. Pendant ce temps, je joue la petite main, dans mon coin, à chaque passage par la cuisine, je range ceci, je lave cela, je passe l’éponge, puis ferme les yeux sur le fatras posé là et retourne m’asseoir pour reprendre au vol la conversation du moment. Les enfants profitent de ce moment de liberté pour jouer sur le tapis déroulé dans la cour, font du toboggan, se disputent les Barbies et râlent quand la sieste s’approche un peu trop. Enfin un peu de temps libre pour les mamans, les petits dorment, les plus grands se baignent sous le regard attentif des jeunes qui laissent ainsi aux parents un moment de répit. Petit tournois de ping-pong, je perds avec le sourire. Jeux de boule dans la cour, il faut faire attention de ne pas mélanger les enfants et les projectiles… et le projet de partir faire un tour au salon de la lavande sur les allées de la ville s’organise. Stop, la pluie nous arrête, seuls les garçons et les papas accompagnés de mon homme s’en vont visiter le musée de l’aviation du village d’à côté. Quelques jeux calmes débutent autour de la table, sous le haut vent, pendant que les coloriages s’étalent de plus en plus sous les crayons des plus jeunes dans la salle à manger. Heureusement la pluie ne dure pas trop, n’est pas trop forte et l’on peut de nouveau le soir profiter de la cour pour une dernière partie de boules. Une plus grande nous fait des cookies sous l’œil gourmand de ses cousines et tous se régalent de ces petits gâteaux au chocolat qui sortent tout juste du four. Impossible de les thésauriser, à peine sortis ils sont mangés.
Et le week-end se termine dans la joie, la bonne humeur. On se promet des SMS dès l’arrivée. Les derniers, ceux qui traînent un peu et n’arrivent pas à se décider à remonter dans leur chaude voiture pour deux heures trente de trajet,  partagent avec nous les restes des victuailles apportées par tous. Demain, on reprend le travail… le sourire aux lèvres avec une pensée pour maman qui était près de nous, accrochée à son nuage tout au long de ces trois jours.


mercredi 14 mai 2014

La marque de l'Ange

Savez-vous ce qui se passe à la naissance d’un petit être ? Quand la vie entre en lui par les poumons et qu’il pousse son cri de tout son être pour se sentir vibrer et entrer dans la danse…. Savez-vous que le nouveau-né a une mémoire d’éléphant et lorsqu’il prend son élan pour plonger dans le vide, il sait d’où il vient, ce qu’il était, ce qu’il vivait dans les étoiles, ce que les anges lui ont chuchoté. Il sait les milliers de vies qu’il a dû traverser pour entrer dans celle-ci, il se rappelle toutes les personnes qu’il a rencontrées, il sait toutes les pensées qui  l’ont traversées quand il était dans les étoiles, quand il volait avec les papillons, quand il regardait en bas se débattre ces tous petits êtres qu’on appelle les humains. Il a acquis la sagesse de milliers d’années d’expérience, il a absorbé toutes les idées qu’il a croisées, il n’a rien oublié des plaisirs et des souffrances de ces vies antérieures, il a assimilé les douleurs et les bonheurs comme d’infinies connaissances et lorsqu’il pousse son cri dans le froid d’un hôpital, il clame à son entourage sa peur de l’inconnu par rapport à tout ce qu’il a déjà vécu et ce qui l’attend ici-bas… il sait tout ça le temps d’une seconde, le temps d’un sourire, le temps d’un baiser de maman, le temps de se frotter au corps chaud qui le cajole… et lorsque le cri se calme, qu’il prend connaissance de ses parents, de ce lieux où il vient d’atterrir, l’ange qui l’accompagnera toute sa vie, celui qui sera son ange gardien est là, il le regarde, le rassure, lui sourit, lui dit qu’il est arrivé à bon port, qu’il va pouvoir oublier et vivre… se penche sur lui et d’un geste tendre, il lui effleure les lèvres d’un  doigt. Juste  à la base du nez, près de la lèvre supérieure, et descend son index en disant tout doucement à l’enfant : « chut » .
Alors l’enfant oubli tout et s’endort tranquillement dans les bras de maman. Voilà pourquoi, un petit sillon se forme entre le nez et la bouche de chacun, pour nous rappeler qu’un jour, on savait et qu’un ange nous a tout désapprit. Tout cela  pour sauter dans la vie prêt à vivre notre mission sur terre et à engranger les souvenirs !

mercredi 7 mai 2014

Un anniversaire de plus

Du soleil plus qu’il n’en faut dans mon cœur et dans mes yeux, ce dimanche fut si beau… Arrivés vers midi, les enfants ont envahis l’espace en un rien de temps. La table qui se met rapidement, encore une fois dedans, le vent est trop froid pour manger à l’extérieur, les petites qui se ruent vers le bac à sable, les jouets qu’il faut enjamber, les gestes tendres, les moments de câlins qui manquent tant et qu’on rattrape vite en passant… un apéro qui se prépare, au soleil, on devrait être bien autour de notre nouvelle table, des apartés que je ne dois pas entendre, des crayons et une carte qui circulent, chacun essayant de rester discret, et moi de sourire… je n’ai rien vu, rassurez vous. Et les verres qui se lèvent, qui trinquent les uns avec les autres, le pinot des Charente qui enchante, le coca qui coule pour les enfants, et pour certains grands. Puis le ton est donné : c’est mon anniversaire, un paquet se tend, je l’attrape gênée, je murmure merci, j’ouvre en premier cette enveloppe bien cachetée que faisaient circuler les cachottiers
… des petits mots qui donnent des étoiles dans les yeux, des douces phrases que je relirais ce soir, pour les savourer tranquillement. Un bon pour un resto en tête à tête avec mon fils… hum, j’en rêvais, il l’a fait ! Un papier bien accroché que je finis par déchirer, tous les regards tournés vers moi, je m’active à sortir le cadeau du jour : une blouse de peintre pour mon atelier de peinture au couteau que je viens de mettre en place dans la pièce rien qu’à moi. Une belle blouse toute noire qui recevra bientôt toutes les couleurs de l’arc en ciel. Et des sourires encore, des exclamations quand je l’essaie, elle me va comme un gant, on dirait un professeur de Poudlard. Y’a plus qu’à s’y mettre et les toiles n’ont qu’à bien se tenir, je serai pour leur blancheur leur meilleur souvenir. Mon amour me glisse quelques nouveaux paquets, je le gronde pour la forme, j’avais déjà orchestré mon cadeau en allant sur Lyon d’où j’ai ramené de quoi peindre pour plusieurs années… Et dans chaque paquet un livre de mes auteurs qui n’oublient jamais de sortir leur Best-seller au mois de mai, juste pour mon anniversaire… Je finis par croire qu’ils le font exprès et ne veulent pas manquer le passage de mes années…Le tour pour embrasser tout mon petit monde, Il manque ma dernière fille, elle est encore en Ecosse, elle recevra mes bisous plus tard. La journée se poursuit, il est temps de passer à table, il faut courir après les petites, les servir en premier, et passer au plat de résistance que j’ai préparé. La chanson s’envole, Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Maman, Moona, B, joyeux anniversaire ! Et le super gâteau avec des bougies pour toute une vie… un, deux, trois, mais c’est que j’ai encore du souffle moi… ouf ! On boira le café dehors, le soleil chauffe de plus en plus, même si le vent nous chante sa chanson encore un peu trop fort… quelques galipettes dans le jardin, on visite le chalet de campagne que nous venons de nous offrir près du potager. Papou vient de terminer de le monter, il y était encore hier, il ne reste plus qu’à le peindre… mais non, je ne mettrais pas ma belle blouse pour ce genre de travail. Quatre petites poupées qui cueillent les fleurs du jardin, enfin, celles autorisées, pour les offrir à Moona d’un beau sourire, d’une jolie phrase, et d’un baiser qui claque sur la joue de ces coquines. Des photos à gogo pour immortaliser tout ça, notre album 2014 s’enrichit de souvenirs. Un anniversaire de « tuit ans » parce qu’il est bon de se dire que c’est formidable d’être arrivée jusque là en bonne santé et si bien entourée…

Que de bonheur en bâton à savourer toute une journée, puis une soirée, puis une année par le souvenir de ces moments riches de plaisir et d’amour. Merci mes chéris de m’aimer ainsi. 

lundi 14 avril 2014

Écrivains dans un bocal, chapitre 4

Chapitre 4
Lieu : une cave
Action : l’héroïne doit entendre  ou voir quelque chose qu’elle n’aurait pas du
Contraintes d’écriture : elle doit évoquer un sujet d’actualité de la semaine en cours
Fin
L’incident du mariage n’est plus qu’un souvenir qui fait sourire et plaisanter Caroline et François  chaque fois qu’ils mentionnent ce moment. Il faut dire que depuis ce samedi soir, leur relation a pas mal évoluée, Ils se vouvoient toujours, mais rapprochent un peu les distances de subordonnée à patron par des remarques joyeuses et des fou-rires mémorables. Par contre Romuald est de plus en plus distant avec elle, il ne cache pas sa hargne de les voir complices et ne manque pas de faire des reproches de plus en plus souvent à Caroline. Rien ne va jamais pour lui. Heureusement depuis ce matin, elle a signé son contrat définitif et n’est plus en observation par ses deux patrons, mais bien embauchée en CDI et en « bonnet haute forme » comme s’amuse à lui rappeler François sur le ton de l’humour. Ce François, qui depuis qu’elle s’est retrouvée à danser avec lui, ne lui est plus tout à fait indifférent. Elle a adoré être dans ses bras, sa façon de la regarder, son parfum, et même ses maladresses lorsqu’il lui a marché sur le pied. A force de rapprocher des bouts de conversation qu’elle entend ici et là, elle a fini par comprendre qu’il est célibataire. Elle a même mené son enquête auprès du nouveau mari de son amie Sophie qui lui a apprit plein de choses à son sujet : En plus du vélo, il est assez sportif, court tous les dimanche matin, il vient de Paris et s’est installé à Reims depuis son divorce. Il a un fils de 17 ans qu’il ne voit que rarement. Impossible d’en savoir plus sur son ex-femme, mais qui dit « ex » dit une relation terminée… Enfin, plein de petits détails qui remplissent sa boite à secrets et lui permettent de s’envoler vers des contrées de rêves éveillés où François devient tour à tour l’ami, le confident, et parfois même l’amant. En attendant, elle a plein de rendez vous à honorer et depuis quelques jours, elle s’y rend toute seule, comme une grande, sans le chaperon de Romuald qui commence à comprendre qu’il la drague dans le vide. Leur dernier tour de clientèle ne s’est pas très bien passé, Il n’a pas arrêté de faire des allusions à la nouvelle relation de Caroline et François, la cherchant tant et si bien qu’elle a fini par le laissé en plan dans le dernier magasin de lingerie, en prétextant un énorme mal de tête.
De retour au bureau, Romuald a vite compris qu’elle lui faisait la tête, à défaut d’avoir la migraine et qu’il n’obtiendrait d’elle que mépris et silence. 
L’affaire entre eux a failli tourner au désastre quelques jours plus tard.
Caroline, depuis le début de son embauche dans cette boite, se pose des tas de questions sur le but réel de cette entreprise. L’entrepôt d’où partent les commandes est sans cesse fermé à clés, Romuald, qui s’occupe des livraisons, gère l’ouverture et la fermeture de la porte derrière le bureau, et Caroline n’est réellement entrée dans cette pièce qu’une fois ou deux, à peine le temps d’apercevoir les longues étagères où sont stockés les produits. Sa curiosité s’aiguise de plus en plus, les paquets sont lourds et si bien emballés qu’il est impossible de savoir ce qu’il y a dedans. Un soir, vers 17 heures, alors que ses deux patrons sont partis boire un café, juste en face du bureau, elle s’aperçoit que la porte est restée ouverte. Du coup, la voilà qui se faufile dans cette vaste salle, se dirige tout droit vers une petite porte sur le fond et entre dans une sorte de cave sans ouverture vers l’extérieur. Il fait si noir qu’elle se demande s’il est bien raisonnable de s’y aventurer, mais poussée par le désir de savoir ce qui se trame vraiment dans ces lieux, elle tâtonne à la recherche de l’interrupteur. Sa main trouve enfin le bouton et la pièce s’illumine à son contact. D’un coup, devant ses yeux s’étale  un véritable atelier. Bien  que  déserts et poussiéreux, elle se rend compte que les lieux sont occupés de temps en temps. Des mètres de tissus ornent les étagères, elle reconnait dans un coin de la pièce, quelques colis encore emballés livrés depuis peu… des patrons en carton ou en papier sont épinglés sur un métrage, étendu sur une grande table, une paire de ciseaux toute proche, prête à couper, deux machines à coudre industrielles prêtes à servir, et dans le fond de la salle, plusieurs portants remplis de porte manteaux occupés par des vêtements. Caroline s’approche doucement, oubliant qu’elle pourrait être découverte d’un moment à l’autre par un des associés. L’odeur de renfermé ne la dérange pas, elle se demande ce que font tous ces costumes pendus sur ces patères. Pourquoi tout cet étalage d’étoffes de couleurs vives et soyeuses. On dirait comme des costumes de théâtre, elle reconnait des robes d’époque ancienne, des gilets de gentilhomme,  les étagères du haut sont couvertes de vieux chapeaux tous aussi excentriques les uns que les autres.  Des châles sont pliés, repassés et en pile sur les étagères de dessous à proximité de chemises blanches à jabot en dentelle… Elle tourbillonne dans la pièce, oubliant sa crainte d’être découverte, elle passe d’un vêtement à l’autre surprise de la qualité du travail, envahie par l’ambiance que donnent tous ces habits d’un autre temps. L’évidence  lui saute aux yeux : C’est un atelier de fabrique de costumes de scènes… Mais pourquoi tout ce mystère ? Pourquoi une telle manufacture dans la cave de cette entreprise ?  Tout en tournant dans les lieux, elle n’a pas entendu le cliquetis de la porte mais le bruit qu’elle fait en se refermant brusquement la fait sursauter. La lumière s’éteint d’un coup, Caroline ne  retient pas son cri. En arrêt, comme un animal traqué, elle porte les mains à sa bouche, essaie de calmer les battements de son cœur, se tait et écoute les bruits aux alentours. Elle voudrait refaire le chemin inverse mais dans le noir elle peine à trouver sa route.  L’angoisse de se frotter à celui qui lui joue ce tour, la terrorise. Son esprit est emmuré dans des délires de plus en plus grand, comme la vision de celui dont on fait le procès actuellement. Encore ce matin, elle entendait aux information  le portrait de cet homme accusé d’avoir tué sa maitresse, un certain Maurice Agnelet, si ses souvenirs sont bons, c’est vrai que c’est un vieux meurtre, mais elle sait qu’il s’en passe tous les jours de bien plus sauvages et sa frayeur est à son comble, elle s’englue dans ses pensées et commence à paniquer vraiment. Son imagination, qu’elle a, en temps normal, débordante, ne se contrôle plus, elle sent que la terre va s’ouvrir sous ses pieds. Elle doit réagir et finit par se persuader que ce ne peut être qu’un tour d’un de ses patrons qui l’a surprise entrain de farfouiller, elle décide d’appeler.

-           François ? Romuald ? Je suis là, je suis désolée, je n’aurai pas du venir ici… je m’excuse, éclairez maintenant, je sors et oublie tout de suite ce que j’ai vu… Mais c’est peine perdue, personne ne lui répond. Elle continue son monologue, sentant de plus en plus la présence de quelqu’un près de la porte. Elle entend sa respiration, elle devine presque sa forme, elle ne sait plus si elle doit chercher à fuir ou s’avancer vers cette ombre.
-           Ca suffit maintenant, je crois que vous m’avez fait assez peur, allez, rallumez et je m’en vais dit-elle en tremblant et au bord des larmes.
 La lumière se rallume enfin, Caroline éblouie se retrouve face à Romuald. Il a l’air bizarre, un vilain rictus lui tord le visage, elle n’arrive pas à définir ce qu’il pense… Est-ce de l’amusement, de la colère ?
-           Romuald, vous m’avez fait une de ces peurs. Ne m’en veuillez pas, je retourne au bureau, dit-elle, sur un ton le plus neutre possible. Je vous garantie que je n’ai rien vu d’important, de toutes les façons je me moque bien de ce qui se trame ici.
Il ne répond pas tout de suite, se contente de la regarder, lui barre la route, ses yeux sont verts de gris et plein de morgue. Il semble à Caroline, que s’il pouvait, il lui lancerait des éclairs. Il est certain qu’il se moque bien de la peur qu’il lui vient de lui faire puis dans un ton mi-figue mi-raisin il finit par lui lancer :
-           Et bien, petite curieuse, je vois que l’avidité de savoir t’a mené dans la tanière de Barbe bleue. Sais-tu comment ont terminé les 7 femmes de ce brave barbu ?
-           Ne vous méprenez pas, Romuald, je…
-           Laisse moi finir, je ne pense pas que tu puisses avoir droit à la parole alors que tu as outrepassé mes ordres.
-           Mais ce n’est pas ce que vous croyez, essaie de plaider Caroline
-           Ca suffit ! s’écrie ce dernier. Je t’avais demandé de ne pas venir dans cette pièce, pour qui te prends-tu petite fouineuse ? Penses-tu que nous t’avons embauché pour fureter dans des endroits qui ne te regardent pas. Tu ne sais pas où tu viens de mettre les pieds…
Et s’approchant vivement de Caroline, il l’attrape par le poignet sans douceur et la traîne jusqu’à l’entrée de la cave.
-           Sors d’ici tout de suite avant que je ne change d’avis et que je ne te réserve un autre sort que celui de te mettre dehors.
Caroline ne perd pas de temps à discuter et court, traverse l’entrepôt pour retourner dans le bureau. C’est toute essoufflé qu’elle rentre tête première dans son autre patron qui s’étonne de sa fuite.
-           Et bien que vous arrive-t-il Caroline ?
Préférant jouer carte sur table avec lui, et certaine que Romuald va tout faire pour la licencier rapidement la voilà qui rétorque
-           Je crois que j’ai été un peu trop indiscrète, je ne sais pas ce qui se fait derrière la façade de votre société, mais je préfère vous donner ma démission et…
-           Votre démission ? Éclate de rire François, juste parce que ce cher Romuald a été démasqué ? Allons, venez prendre un café et calmez vous, vous avez droit à quelques explications. Je vais vous les donner, et tant pis pour mon cher collègue qui aurait du faire débarrasser les lieux depuis longtemps. Enfin, c’était notre deal d’il y a quelques mois, et tout est encore comme du temps de son père.
Interloquée par sa découverte, décontenancée par le discours de François, Caroline fond en larmes et se retrouve assise sur une chaise en hoquetant
-           Je ne voulais pas être indiscrète, je ne sais pas ce qui m’a prit, je regrette d’avoir poussé cette porte, je ne dirais rien à la police, je suis désolée, je vais rentrer chez moi et ….
-           …Et vous allez arrêter de délirer maintenant, la coupe François d’un ton un peu plus sec. Votre imagination est sans doute en pleine activité, mais je crains que vous ne puissiez comprendre ce qu’il en est sans mes explications. Et l’aidant à se lever, il la pousse gentiment vers la porte puis jusqu’au bistrot d’en face.
Attablée en face de lui, une bière bien fraîche lui redonne des couleurs. François attend poliment qu’elle se remette de ses émotions puis entame :
-           Le père de Romuald était un saltimbanque, enfin, il tenait un théâtre et avec sa troupe, jouait tous les soirs pour un public plutôt tolérant à mon goût. Romuald est du coup un peu artiste lui aussi, mais surtout un grand passionné de tout ce qui tourne autour de la scène. Il avait une admiration profonde pour son père et ne s’est jamais vraiment remis de son décès. Depuis, il passe beaucoup de temps dans cette « boutique » spéciale, et reprend un peu le travail de son père, comme lui, il confectionne des costumes qu’il essaie de vendre, sans trop de succès, à des salles de la ville ou d’ailleurs. Voilà, il n’aime pas en parler, encore moins avec une inconnue, qui plus est, une femme. Il ressent cette passion comme une faiblesse, son père n’a jamais vraiment percé dans le monde du théâtre, d’où la prolifération des costumes. Son savoir coudre lui vient de lui, tout petit il restait des heures à le regarder faire des habits Mais vu son côté macho, il a beaucoup de mal  à assumer ce hobby. Vous savez tout, maintenant si vous souhaitez toujours démissionner, je ne pourrais pas vous retenir, mais sachez que je le regretterai fortement.  
Caroline est abasourdie par ces curieuses révélations, elle relève le nez de son verre,  regarde son patron, il a l’air sincère et presque amusé de la situation. Ce Romuald lui a vraiment fait peur, comment continuer de travailler avec lui ? D’un autre côté, elle ne peut se cacher l’attirance qu’elle a pour son deuxième patron et elle doit bien réfléchir à ce qu’elle va dire.  Romuald semble être un drôle de personnage, à croire qu’il porte un masque le jour et un autre la nuit.  Reprenant tout à fait ses esprits, elle sourit à François.
-           Alors tous ces énormes colis qui arrivent régulièrement de plein de régions différentes, ce sont des rouleaux de tissus ?
-           Tout juste, il les fait venir par transporteur de plusieurs pays comme la Turquie ou le Maroc, selon ses besoins, et surtout les costumes qu’il veut créer. Le problème est la place et l’argent que tout cela prend, c’est pourquoi je lui ai demandé d’arrêter cette usine qui ne sert pas à grand-chose, sans compter l’énergie qu’il met à fabriquer des vêtements qu’il ne prend même pas la peine d’essayer de vendre. Y-a-t-il autre chose qui vous tracasse Caroline ? Vous voyez que la police n’a rien à faire dans cette histoire, Romuald est parfaitement en droit de perdre son temps à faire des déguisements…
-           J’ai vraiment dû vous paraître idiote, merci de m’avoir raconté tout ça
-           Et bien maintenant, c’est un peu comme si tu faisais partie de la famille, reprend-il en la tutoyant… on se tutoie du coup ? Enfin si ce n’est pas trop difficile de travailler avec des patrons qui deviennent aussi des amis.
-           Pas de problème, répond Caroline, Je crois qu’on va faire une super famille tous les trois, maintenant que je vous connais mieux. Et comme dirait Romuald : on va faire un tabac !
De retour au bureau, ils retrouvent Romuald, la tête dans les mains, le regard fuyant, comme un petit garçon prit au piège. Caroline s’approche de lui et d’un geste maternel, lui prend le visage entre les mains et lui claque une belle et grosse bise sur la joue.
-           Je trouve ça formidable Romuald et si tu n’y vois pas d’inconvénient, non seulement je reste votre commerciale, mais je me fais fort de trouver des acquéreurs pour les costumes, en plus des sous-vêtements… et puis j’adore coudre mais ne suis pas des plus douée, par faute de temps, tu m’apprendras à tes heures perdues ?
Romuald lui sourit, lui prend la main et dans un rire plus franc, il lance
-           J’avais justement besoin d’une essayeuse de costume alors pourquoi pas une assistante ?
Caroline sait à cet instant qu’elle vient de se faire un ami, et pourquoi pas un amant de François lorsqu’il aura enfin comprit ce qu’elle attend de lui.



dimanche 6 avril 2014

Écrivains dans un bocal chapitre 3

Episode 3 : on garde le même personnage, la même période
Mais les contraintes sont :
Le Lieu : une église
Action : l’héroïne doit provoquer un accident
La contrainte d’écriture proprement dite : il faut qu’apparaisse dans le texte ces 4 mots : salade, montagne, fraise, vélo

Chapitre 3

Le week-end arrive enfin, il faut dire que Caroline n’avait plus trop l’habitude de se lever régulièrement si tôt. Depuis quinze jours, elle mène un rythme d’enfer, enfin juste un rythme d’une employée auquel elle doit se faire. Curieusement ses parents ne sont pas vraiment heureux de la voir travailler. Caroline finit par se dire qu’ils n’étaient pas si mécontents de partager leur temps avec elle, entre un père qui se sauve à la pêche avec des copains constamment et une mère qui s’ennuie ferme chez elle, elle était un bon divertissement pour eux et redonnait un peu de vie dans cette grande maison. Mais bientôt, elle va pouvoir enfin se prendre en charge et réintégrer une vie normale, réinstaller son petit coin à elle et ne plus dépendre de ces chers parents qui lui pèsent un peu trop.
Une phrase de plus  l’a mis à l’envers ce matin lorsque Caroline a prévenu qu’elle n’était pas là aujourd’hui  suite à une invitation  au mariage de son amie Sophie. 
-           Et bien comme quoi tout peut arriver, si même Sophie se case enfin, ça devrait pouvoir t’arriver à toi aussi … réplique sa mère avant de replonger dans ses mots croisés.
Comment supporter encore longtemps ce genre de sarcasmes ?  Caroline se sauve plus qu’elle ne part et ravale ses larmes ainsi que les quelques paroles désobligeantes qu’elle lancerait bien à sa mère, fatiguée de l’entendre se lamenter sur tous les petits enfants qu’elle ne lui a pas encore fait…  
L’église est bondée, caroline est en retard, une habitude qu’elle doit vraiment combattre. Elle se faufile un peu, cherche des yeux les copines qui font partie de leur bande depuis leur jeunesse. Une blonde échevelée lui fait signe, et permet à Caroline de s’asseoir derrière un pilonne. Dommage, elle ne voit pas grand-chose du mariage, mais elle est contente à l’idée qu’elle a une chance de s’amuser ce soir. Et puis elle a plein de choses à raconter à ses amies qu’elle avait négligées ces derniers temps, déprimée qu’elle était et de mauvaise compagnie comme elle se plaisait à leur dire à chaque appel de leur part. Elle a enfin reprit un statut social, elle ne pointe plus au pôle emploi et sa vie est redevenue intéressante. Le sourire aux lèvres, c’est à peine si elle écoute le sermon du prêtre, elle s’autorise même à penser que la chance tournant pour elle, elle rencontrera peut-être enfin l’homme de sa vie et fera plein de petits enfants à sa mère. Si dans les églises, les pensées sont des prières, alors elle n’a pas fini de s’adresser aux anges et lorsque la musique de sortie s’élève, elle redescend sur terre et se sent toute guillerette.
-           Mais tu es resplendissante ! C’est cette mielleuse de Romane qui lui sort sa phrase fétiche, avec elle tout le monde resplendit, à croire qu’elle vit illuminée par ses rencontres, Caroline la délaisse très vite pour aller embrasser la mariée.
-           Félicitations ma chérie, lui souffle-t-elle dans la nuque en l’embrassant, comme je suis heureuse pour toi
-           Merci, merci, je suis sur un nuage et Cédric est le meilleur des hommes, répond celle qui venait de dire « oui » pour la vie. Je te souhaite le même bonheur Caroline. Tu sais où se situe la soirée ?
-           Oui, j’ai mis l’adresse sur mon GPS, ne t’en fais pas, je ne me perdrais pas, je ne resterai pas très tard tu sais...mais elle n’a pas le temps de finir sa phrase, la mariée est happée par le défilé des félicitations et Caroline se retrouve  sur le pavé de l’église un peu étourdie par tant de monde.
Une fois dans sa voiture, l’émotion qu’elle ressent est si forte qu’elle se retrouve inondée de larmes, elle sait bien que ce n’est pas le moment de se laisser aller, que son rimmel va couler, que ses yeux seront rouges d’ici deux minutes mais c’est plus fort qu’elle. Ce mariage la déstabilise, qu’est-ce que ce sera après quelques verres se dit-elle, en s’efforçant de faire disparaître sur son visage toute trace de tristesse. Allez, ma grande, reprend-toi, tu as une nouvelle vie devant toi et il doit bien exister sur terre un prince malheureux de ne pas rencontrer une princesse de trente cinq balais et de lui faire plein de gosses.
La soirée se poursuit lentement, Caroline est coincée entre une mamie qui a décidé de lui parler de ses petits enfants, les énumérant un par un, listant toutes leur qualités, les décrivant comme les plus beaux enfants du monde et le vieux tonton, ancien guide de montagne qui inlassablement lui parle des courses qu’il a fait quand il était jeune. Le nez dans sa salade de fruits, elle a hâte que ce repas se termine et trie les morceaux de fraises un par un, histoire de se donner une contenance et de faire passer le temps.
Enfin de la musique, la mariée entame quelques pas de valse avec son père, le marié avec sa mère. Les traditions ont la vie dure dans cette famille. Caroline s’est levée de table et se rapproche d’un groupe d’amis qu’elle connait depuis bien  longtemps.
-           Oh, Caro, tu étais où ? C’est quoi ce plan de table, on dirait que Sophie a tout fait pour séparer ses amis…
-           Pas si facile de contenter tout le monde, crie Caroline dans ce brouhaha, et tirant par la manche sa copine Bénédicte, elle l’entraîne dans la danse, viens s’égosille-t-elle, le disque-jockey a enfin compris, place aux jeunes…
Elle danse depuis quelques minutes, lorsque son regard s’arrête sur un homme qui vient de rentrer dans la salle. Caroline se retrouve dans la seconde qui suit, en arrêt, ces hommes ne sont autres que François et son cher associé qui le suit comme une ombre.
-           Aie, glisse-t-elle à l’oreille de Bénédicte, je ne veux pas voir ces deux hommes, ce sont  mes nouveaux patrons, je me demande bien ce qu’ils font là, je ne les ai pas vu à l’église tout à l’heure.
-           Je crois que le plus grand est un ami du marié, tu as enfin un travail ? Et tu fais quoi, cachotière ? Et sortant de la piste, les voilà se repliant dans un coin de la salle.
-           Tu es toute blanche, Caro, que t’arrive-t-il ?
-           Je ne me sens pas bien, je crois que je vais rentrer, et puis je ne tiens pas à me retrouver nez à nez avec eux.
-           Tu veux que je te raccompagne, tu n’as pas trop bu ? Ça va aller ?
-           Oui, oui, ne t’inquiète pas, je vais juste faire un tour, prendre un peu l’air.
-           Ok,  je retourne danser, lance Bénédicte qui l’abandonne près de la porte.
Caroline est dehors, elle respire un grand coup, elle n’est pas très sure d’avoir envie de se voir inviter à danser par ce Romuald qui lui fait suffisamment de gringue au bureau, sans en plus lui donner l’occasion de la peloter sur une piste de danse. Elle décide de partir et retournant dans la salle pour récupérer ses affaires, elle ne voit pas le fil électrique posé par terre. Elle se prend les pieds dedans, titube puis tombe et tirant sur le fil par sa maladresse, elle entraîne l’enceinte posée juste vers la sortie. Celle ci s’ébranle et finit par tomber sur une dame assise qui portait son verre à ses lèvres et ne se doutait pas qu’une baffe allait lui tomber sur la tête. Cette dernière surprise se met à crier,  Caroline, par terre elle aussi, se relève et se retrouve apostrophée par le mari de cette dame
-           Dites-donc, mademoiselle, vous ne pouvez pas faire attention, vous avez failli tuer ma femme
Dans la salle pleine de monde, le temps s’est arrêté, Caroline, rouge de confusion voudrait passer par le trou d’une souris et disparaitre, la musique est stoppée, les gens commencent à affluer vers la victime.
-           Je suis médecin, laissez moi passer, interpelle un homme qui s’approche de celle qui se plaint de la tête, j’ai bien peur qu’il faille vous emmener à l’hôpital, recevoir une masse pareille sur la tête peut provoquer un bon traumatisme. J’appelle les pompiers.
-           Je suis désolée, essaie de dire Caroline, mais personne ne l’entend, elle qui voulait partir discrètement, vient de provoquer un accident… elle a envie de pleurer, elle ne sait que faire. Se retournant vers son sac qu’elle attrape rapidement, elle marche le plus vite qu’elle peut vers la sortie. Un homme vient de la prendre par le bras, l’entraînant gentiment à l’extérieur, elle se laisse guider comme étourdie, elle n’a même pas vu que son genou saignait, elle veut juste s’en aller et rentrer chez elle.
-           Et bien, pour une surprise, c’est une surprise, et de taille avec tout ce vacarme, on peut dire que vous êtes un sacré trouble fête ce soir, sourit son cavalier… qui n’est autre que François. Allez, venez, en plus vous boitez, on va regarder ça. Ne vous en faites pas pour cette dame, elle n’est pas morte, elle vient juste de prendre une baffe, on s’en remet, croyez moi. Il faut dire qu’ils auraient pu éviter les fils qui trainent dans une soirée dansante, vous pourriez presque porter plainte contre le DJ.
Cette dernière remarque arrache un sourire à Caroline qui semble avoir perdu sa langue.
-           Caroline, je ne savais pas que vous connaissiez Paul, lui dit François, c’est un super copain, nous faisons du vélo ensemble depuis des années. Je ne vous avais jamais vu avec lui.
-           C’est peut-être parce que je suis amie avec Sophie, la mariée, lui rétorque Caroline en retrouvant ses esprits. Je suis vraiment navrée d’avoir provoqué cette catastrophe, je voulais juste prendre mon sac et partir.
-           Partir, alors que la fête ne fait que commencer… allons, écoutez, ils ont remis la musique, vous voyez, rien de bien grave, allez venez, je vous invite à danser, si votre jambe vous le permet évidemment.
-           Et bien, je ne sais pas, je suis un peu fatiguée et…
-           Pas de chichi, vous n’allez pas refuser une danse à votre nouveau patron… Et il l’entraîne dans un slow que vient tout juste de relancer le DJ…





mardi 1 avril 2014

Ecrivains dans un bocal chapitre 2

Suite de la nouvelle des écrivains dans un bocal : http://tudinescesoir.wordpress.com
Contrainte du chapitre 2
Lieu : un magasin de  bricolage
Action : votre héroïne fait une découverte et doit évoquer l’auteur suédois Henning Mankell

Chapitre 2
Petit tailleur noir, chemisier blanc col Claudine, Caroline arrive essoufflée à son  nouveau travail. Elle est à l’essai depuis quinze jours chez Romuald et François, ses deux patrons et est devenue pour eux leur commerciale exclusive. Cette société vend des sous-vêtements que ses patrons font venir de Taiwan et qu’ils revendent à  prix d’or comme le nec plus ultra de la mode  du moment. Dentelle, petits boutons nacrés, soutien-gorge et nuisettes non presque plus de secret pour elle. Les gammes sont diversifiées et les couleurs variés, tout cela pour dire qu’elle n’a guère le temps de s’ennuyer depuis son arrivée dans cette boite.
Elle relève de moins en moins ses cheveux qui tombent en cascade sur ses épaules, elle s’habille plus « féminine » comme le lui a demandé Romuald lors de leur entretien éclair dans un bar. Elle a d’ailleurs bien remarqué les regards en coin que lui jette ce dernier lorsqu’elle passe la porte le matin, elle a presque l’impression qu’elle est nue, tant il l’a déshabille du regard et depuis quinze jours qu’elle est là, elle ne s’y habitue pas vraiment. Mais elle est prête à faire l’effort de ne rien dire tant elle est heureuse d’avoir son bureau. Quel bonheur de se retrouver dans le monde du travail, elle n’arrive toujours pas à croire à sa chance, elle devrait pouvoir prendre un appartement pour elle toute seule d’ici peu, en tous les cas à la fin de cette période d’essai qui se passe pas trop mal. Elle occulte volontairement tout ce qui la dérange et ne veut pas trop chercher à comprendre d’où vient la marchandise. Elle a bien découvert des petites choses un peu louches, comme des adresses bizarres sur les paquets qui arrivent presque tous les jours, la forme des colis qui ne semblent pas forcément contenir des sous-vêtements, et cette interdiction formelle de la part de Romuald d’ouvrir les emballages et de rester trop longtemps dans l’entrepôt lui laisse penser que tout n’est pas vraiment net dans cette société.  Aura-t-elle un jour l’explication à ces mystères ? Tout ce qu’elle sait pour le moment est dans le dossier que lui a remis Romuald.  Un dossier qui explique simplement le travail qu’elle doit faire et la liste des magasins de lingerie à appeler, à qui elle doit proposer les produits et décrocher des rendez-vous qu’elle honorera au début avec l’un de ses patrons, puis toute seule quand ils la lâcheront comme une grande dans la jungle de la vente. Elle a une liste de tous les magasins de la région et commence à remplir son carnet de rendez-vous à force de coup de fil et de persuasion. Dans tous les cas, elle a besoin de ce travail et remet à plus tard une enquête qui pourrait ne lui amener que des ennuis.
Caroline est plongée dans l’ordinateur et ne voit pas Romuald appuyé au chambranle de la porte en observation depuis quelques minutes. Lorsqu’elle se retourne, leurs regards se croisent, il la dévisage carrément et Caroline baisse les yeux, comme elle le fait chaque fois. Elle ne va tout de même pas se plaindre qu’un homme s’intéresse à elle, ça fait bien trop longtemps que cela n’est pas arrivé, alors elle se contente de rougir un peu et reprend contenance quand Romuald lui lance :
-          Caroline, aurais-tu la gentillesse de faire une course pour nous, François et moi sommes entrain de monter l’étagère pour l’entrepôt et il nous manque quelques vis.
-          Oui,  bien sur, j’y vais… le magasin de bricolage est tout prêt, j’en ai pour une seconde
-          Mets ce que tu prendras sur le compte, on t’attend, merci Caroline.
Il avait dit merci en traînant un peu sa voix et dans un sourire mielleux tout en lui glissant dans la main un exemplaire d’une vis… et du coup, elle se demande si leur relation ne prend pas un tour un peu dangereux. Mais elle tient tant à sa place qu’elle ne veut surtout pas s’offusquer et prenant son sac, elle lui passe devant, il se recule d’un pas et ne se gène pas pour suivre son déhanchement d’un regard sans vergogne.
-          Quel drôle de type, pense-t-elle… je préfère son associé, au moins lui me respecte et ne me reluque pas ainsi.
Une fois à Bricorama, la voilà qui oublie son trouble et circulant dans les rayons elle cherche les vis en question. Comme celles qu’il lui faut sont sur la dernière étagère, elle monte sur la pointe des pieds, et essaie d’attraper ce qu’elle est venue chercher. Bien occupée à ne pas perdre l’équilibre, montant le pied sur le rayon du bas, elle ne voit pas l’ombre qui s’approche d’elle et du coup, sursaute lorsqu’une main vient se poser sur sa taille.
-          Laisse moi t’aider, la surprend Romuald, je t’ai suivi, je n’étais pas certain que tu trouverais et…
Vraiment surprise, Caroline descend précipitamment de son escabeau de fortune,  se recule d’un geste vif, se dégage rapidement, et s’exclame :
-          Mais j’aurai trouvé toute seule, pourquoi m’envoyer vous chercher des visses si vous venez avec moi ?
-          Je me suis dit que ce pouvait être l’occasion de se voir en dehors du magasin, François est tellement souvent derrière nos basques, j’ai bien vu que cela te gênais et que tu ne peux pas vraiment répondre à mes œillades… non ?
-          Quelles œillades ?, je suis chez vous pour travailler, pas pour flirter il me semble
-          Oui, bien sur, mais les deux ne sont pas incompatible et puis il me semble que l’on s’est plu tout de suite non ? au bar déjà j’ai bien remarqué comment tu me regardais et comment tu avais envie que je t’embauche, d’ailleurs dans l’intimité tu peux me tutoyer…
-          L’intimité, quelle intimité ? J’ai seulement besoin d’un travail, je crois que vous vous m’éprenez, je dois retourner au bureau, j’ai des coups de fil à passer !
Et sur cette dernière phrase, elle s’avance vers le comptoir, pose la boite sur le tapis roulant en demandant à la caissière de mettre cela sur le compte de la société R & F. Récupérant ses achats, elle sort précipitamment et essaie de devancer Romuald pour entrer au bureau le plus rapidement possible. Peine perdue, il est déjà là, à lui ouvrir la porte… choisissant l’humour pour éviter de laisser s’installer entre eux un malaise, elle se force un peu à sourire et lui rétorque :
-          Vais-je devoir faire appel aux services du commissaire Vallander ?
-          de qui parles-tu ? répond Romuald étonné,
-          De rien, de rien, je plaisantais, j’invoquais l’aide du héros d’un auteur de livre policier
-          De quoi parlez-vous ? intervint François qui les voyant rentrer, s’avance vers eux,  tu t’intéresses à la lecture Romuald ? c’est nouveau ça….
-          Oh, je faisais référence à un de mes héros favoris, le commissaire Wallander, mais il semble que François ne le connaisse pas.
-          Le commissaire Wallander ? ah, super, j’adore les romans  de Henning Mankell, vous avez des lectures sympas Caroline, il faudra qu’on en parle, reprend François et attrapant par le bras Romuald, dont la mou prouve sa déception de n’avoir pu répondre à Caroline lui même, il lance à son collègue :
-          Tu viens, on a du boulot sur la planche nous, merci Caroline, on vous laisse à vos commandes…

Caroline de nouveau à son bureau est méditative. Cette place lui plait, le travail est ce qu’elle aime et ce qu’elle sait faire, mais ce type lui fait un peu peur… arrivera-t-elle à résister à ses avances ? Et puis sa façon de la tutoyer alors que son autre patron la vouvoie, est-ce bien normal ? Elle a hâte d’être embauchée définitivement afin de pouvoir s’imposer un peu plus et mettre du coup un terme à ce malaise. En attendant, elle aussi a du boulot sur la planche.

samedi 29 mars 2014

Écrivains dans un bocal

Suite à quelques clics bien placés sur internet, je découvre l'idée fabuleuse de deux amies du net : écrire une nouvelle à partir de consignes qu'elles tirent au sort... Après lecture de leur premier chapitre, je me laisse tenter par l'aventure et m'envole sur mon clavier pour quelques lignes sortant de mon imagination mais dirigées par leurs contraintes... Pour voir les autres textes...  http://tudinescesoir.wordpress.com


Chapitre 1

La ville est à peine éclairée, elle court sur le pavé, elle sait d’avance qu’elle va être en retard. Pourtant c’est un grand jour, le premier rendez vous qu’elle décroche depuis des mois. Il faut dire qu’elle est au chômage depuis si longtemps et pas foutue d’être à l’heure à un rendez vous, de là à ce qu’il y est cause à effet, il n’y a qu’un pas. Mais elle n’a pas le temps de s’analyser, pour une fois elle n’a pas réfléchi trois heures avant d’accepter cet entretien, et le fait qu’il lui propose de la recevoir dans un bar de la ville, ne l’a pas choqué plus que ça. Elle habite Reims, chez papa et maman, n’ayant plus financièrement les moyens de payer un loyer. Le retour en arrière fut difficile, surtout que cette solution n’avait pas que des avantages; sa mère, depuis quelle a posé son sac dans sa petite chambre d’adolescente, la matraque de sempiternelles phrases du genre : « tu as bien envoyé ton CV au contact dont je t’ai parlé ?, tu n’y arriveras pas si tu te lèves si tard…. » Et ce matin, elle est à deux doigts de trouver que cette dernière a raison et qu’elle n’est pas à la hauteur même du pauvre petit bout de salaire que lui verse Pôle emploi. Tout en courant ainsi, elle arrive enfin face à ce bistrot et entre sans même un regard pour l’employé derrière le comptoir. Elle cherche des yeux celui qui la veille,  lui a donné rencart dans ce lieu un peu étrange. Rien en vue qui ressemble à ce grand blond, à peine rasé et qui sur de lui, lui proposait une place de commercial dans ce qu’il disait être sa boite. Alors pourquoi ce lieu, se surprit-elle à penser ? Hier au soir, elle n’avait vraiment pas les idées très claires. Néanmoins, elle est là et prend place derrière une table à la nappe en plastique dont les couleurs sont autant délavées que la propreté est douteuse. L’espace d’un regard, elle survole les lieux, le café est presque vide, un vieux monsieur lit son journal dans un coin, ce doit être un habitué qui vient chaque matin se rafraichir des nouvelles du jour. Sinon, rien, pas de grand blond qui pourrait par un travail, enfin faire basculer sa vie du côté clair. Derrière elle, une glace dans laquelle est aperçoit son profil, sa queue de cheval lui donne presque l’air d’une jeune fille, pourtant elle va déjà vers ses trente cinq ans et le sourire qu’elle se force à s’envoyer n’est pas très sincère… comme si elle avait besoin de se confirmer que son pouvoir de séduction était encore en action. Le serveur s’approche d’elle et se penchant pour essuyer la table lui demande ce qu’elle veut boire
-          Un café, s’entend-elle répondre, corsé, rajoute-t-elle rapidement avant qu’il se retourne vers le comptoir.
Le temps de se replonger dans ses pensées en attendant son sauveur, un homme qui vient de rentrer croise son regard, s’avance vers elle et lui demande
-          Vous êtes Caroline ?
-          Heu, oui, non, enfin oui, comment connaissez vous mon prénom ?
-          Je viens de la part de François, celui que vous attendez, il m’a demandé de vous retrouver ici parce qu’il a eu un empêchement et…
Décontenancée, Caroline se lève et bredouille
-          Ah, bon, ben ce n’est pas grave, on se redonnera rendez vous une autre fois
-          Attendez, ne partez pas ainsi, je dois vous délivrez un message de sa part.
Caroline, un peu gauche, se rassoit, réajuste sa franche, ses mains transpirent un peu, elle commence à se demander si il était bien raisonnable d’accepter de se rendre de si bonne heure dans un café avec un homme dont elle ne connait que le prénom. Et celui qui se trouve en face d’elle ne lui dit rien qui vaille. Il est brun, assez grand, et lorsqu’il tire la chaise pour s’asseoir face à elle, elle comprend qu’elle ne peut qu’attendre de l’entendre…
-          Je vous écoute, dit-elle dans une moue qui lui fait ressortir les deux petites fossettes qui entourent sa bouche. Dans un autre temps, elle savait ce geste irrésistible, mais ce matin, aucun calcul, juste une lassitude qui révèle son manque d’entrain à poursuivre cette conversation. 
       -       Je vous offre un verre ?
       -       Je n’en suis qu’au café et…
       -       Un deuxième café alors, dit-il précipitamment et se tournant vers le comptoir il lance à la volée : deux cafés s’il vous plait. Puis de nouveau, son regard plonge dans celui de Caroline qui se sent de plus en plus mal à aise. Pressée d’en finir elle place rapidement sa question :

-                          -            Alors, François a-t-il une place pour moi ?
-                           -            Pas si vite, il faudrait déjà que tu me donnes ton CV.

Il l’a tutoyé d’un coup sans prévenir, ce qui renforce le sentiment oppressant qu’elle ressent déjà. Le tour que prend cette conversation ne lui plait pas du tout et faisant mine de se lever, l’homme appuie une main ferme sur son avant bras et lui rétorque :
-          Dis moi déjà ce que tu sais faire, je suis l’associé de François, nous avons une société qui fabrique des sous-vêtements et nous cherchons une personne susceptible de nous aider pour la diffusion de nos produits… tu me suis ? As-tu des références dans la vente ?
Timidement, Caroline commence à débiter ses diplômes, sortant dans le même temps son curriculum vitae qu’elle lui tend d’une main tremblante et en bredouillant 
-                              -           Il est à jour, je suis sans emploi depuis plusieurs mois, mais j’ai déjà travaillé dans la vente et….
-                              -            Ok, pas de problème, tu commences demain ! répond l’associé tout en détaillant le document,                      par contre, il te faut t’arranger un peu.
-                              -           C'est-à-dire ? reprend Caroline
-                             -            Et bien, je ne sais pas, te mettre sur ton trente et un, une jupe au lieu d’un jean, un chemisier au      lieu d’un pull, les cheveux détachés … féminine quoi !
Et au regard que lui lance  Caroline, il reprend plus posément :
       -       Mais ne t’inquiète pas, tu es très jolie et ce ne sera pas difficile… non ?
Lui tendant sa carte avec l’adresse de sa société, il se lève précipitamment.
       -       Bon, tu m’excuses mais j’ai plein de rendez-vous, on se retrouve demain, 9 heures à cette                             adresse, on parlera des formalités et tu verras on va bien accrocher tous les trois…
      -        Tous les trois ? répond Caroline complètement déstabilisée par cet entretien
      -        Oui, enfin Toi, François et moi… on va faire un tabac… allez je file, à demain
Et sur cette dernière phrase, il se retourne et sort du bar aussi vite qu’il était entré…
Caroline, plutôt sonnée, ne sait pas trop que penser de cette embauche éclair, elle se demande si elle n’a pas rêvé et quelle est la décision qu’elle doit prendre. Mais revenant à la raison, elle  finit par se dire qu’elle n’a pas vraiment le choix et que demain est un autre jour… elle aperçoit alors son reflet dans la vitre et respirant un bon coup, se forçant à sourire elle défait ses cheveux et se met à regarder par la fenêtre. 


lundi 17 mars 2014

Elle me manque

Elle me manque… je pense souvent à elle. Difficile de croire que  cette étoile qui brille dans le ciel est devenue sa demeure depuis qu’elle est partie. Elle me manque parfois juste un peu, dans le regard d’un passant, au fredonnement d’une chanson. C’est une pensée furtive qui traverse mes heures sans m’avertir, là, comme ça, juste en passant. Une pensée qui s’installe parfois, s’entête en moi, un regard bleu qui me revient, un sourire qui me trouble, une larme qui s’arrête au bord, juste au bord de nos yeux. Ces yeux qui ressemblaient aux miens, cet azur qui était plus qu’un lien. Elle me manque souvent, lorsque le nez au vent, je sens sa présence… une feuille qui tombe, une branche qui bouge, un ange qui passe et cette pensée qui s’obstine ! Elle tourne autour de moi quand les petites sont là, quand je la cherche d’un regard pour lui montrer leur progrès, quand je prends mon téléphone et le repose avec regret… j’aimerai encore lui dire comme ses arrières petites filles sont belles, comme certaines fois, elles me font penser à elle, comme leurs yeux bleus sont des clins d’œil du ciel et comme j’aimerai qu’elle veille encore sur elles. Elle me manque quand je cherche le sommeil, quand je peins seul dans mon atelier et que j’ai tant envie de lui montrer ce qui prend vie sous mes doigts… Elle me manque quand je me souviens comme elle aimait que je lui apprenne à poser ses doigts plein de pastel sur la feuille colorée et à glisser son index pour y lisser les traits. Elle me manque quand je fais les comptes de papa et qu’elle n’est plus là pour me lire les chiffres comme une aide comptable qui se fatiguait vite et était si heureuse que je m’en occupe. Elle me manque quand je sens un peu d’air frais passer sur mon épaule comme un petit rappel qui me frôle. Elle me manquera toujours cette petite maman que j’aimais…

mardi 26 mars 2013

Le rêve de Laure



C’était complètement fou, je volais dans les airs sans savoir vraiment où aller. Les toitures de maisons étaient mon horizon et lorsque je planais dans toutes les directions c’était sensationnel. N’empêche que j’avais tout de même plein de problèmes à régler ce jour là et on m’avait donné l’adresse d’un super psychologue tellement renommé, que l’on faisait la queue devant son cabinet pour le consulter. J’aperçus de ma hauteur, le long chapelet que formaient tous ses clients, comment faire pour aller interroger ce manitou sans que cela me prenne le jour entier ? Je le voyais par transparence assis à son bureau, à l’écoute, sérieux, dodelinant de la tête, et donnant à chaque visiteur une ordonnance. Ces derniers repartaient le sourire aux lèvres, le pas léger et je les enviais de mon point de vue culminant. Sans réfléchir aux conséquences, je fonçais tête première vers la procession et fendant le plafond, j’atterris dans la file sans demander la permission. Des oh, des ah s’exclamèrent de toutes parts, voulant me faire comprendre leur indignation, les gens commençaient à me pousser du coude, à me bousculer vraiment, mais c’était sans compter sur ma force de persuasion, sur le sourire ravageur que je leur lançais, sur la volonté de fer que j’avais de rester derrière les quelques personnes proches du bureau du gourou.
Arriva très vite mon tour, et une fois en face de lui, je commençais à bafouiller, il faut dire que je n’avais pas vraiment prévu l’ordre de mes questions à lui poser, mais j’arrivai enfin à les lui formuler :
-        Rien ne va dans ma vie, mon mari ne me regarde plus vraiment, mes enfants sont constamment malades, mes finances sont catastrophiques, je ne fais que pleurer sur mon sort et…
D’un geste du bras, il me coupa très vite la parole, était-ce parce qu’il ne pouvait consacrer beaucoup de temps à ses patients ? Toujours est-il qu’il eu la même expression que je lui avais vu du haut du ciel, un air sérieux, la tête allant de droite à gauche, un doigt posé sur ses lèvres, en pleine réflexion… Il appuya ensuite sur quelques touches de son ordinateur placé face à lui, et sortit une feuille pleine de graffitis qu’il me remit. Sur cette ordonnance était noté le prix : 80 euros pour ce bout de papier… Je payais effarée du montant et étonnée que l’entretien se termine déjà, sans même un mot de sa part, je m’éloignai pourtant le sourire aux lèvres en lisant les quelques lignes qui composaient cette prescription. Tout en sortant de la pièce, croisant quelques regards courroucés de ceux que j’avais devancés, je flottais de nouveau dans l’air et repris mon envol jusqu’au prochain nuage où je pus détailler à loisir la liste de ce que je devais prendre pour remettre ma vie à l’endroit :
Prendre chaque jour
-        Du chocolat additionnée à du miel : 3 ou 4 carreaux
-        Un bon repas bien équilibré
-        Une sortie en amoureux avec l’homme de votre vie !
C’était exactement ce dont j’avais besoin…. 

mercredi 27 février 2013

Allez, viens...


Allez viens, on va aller se faire plaisir… viens prends ton manteau et sortons, allons nous aérer dans quelques magasins de la ville et distribuer les quelques sous qu’il nous reste, allez viens, on va aller se faire plaisir, se décrocher la lune avec tout notre argent, s’offrir des rêves en bois en or ou en argent…. 
Allez viens, donne moi donc la main et sautons à pieds joins sur les convenances de la vie, ne regardons pas si on pourrait en faire autre choses, si les placards sont bien remplis, viens et changeons nos rêves en réalité, achetons tout ce qui nous fait envie, ne regardons pas ce dont nous avons besoin, nous avons déjà tant et tout ce qu’il nous faut, faisons juste le saut qu’il faut pour emporter la raison, là-bas vers notre déraison… 
allez viens, arrête de réfléchir, laisse tomber ces comptes, demain est un autre jour, aujourd’hui, il faut le vivre et ne plus nous en faire pour ce que sera demain, allez viens, je te dis, arrête de soupirer sur l’insécurité ou sur le contrat jeune emploi, viens et ferme un peu les yeux sur tout ce qu’on te dit, sur tout ce que tu entends, n'entends tu pas au loin les cloches qui sonnent et t’appellent, allez viens donc en courant,  laisse l’urgent au plus tard et le nécessaire au plus pauvre, nous sommes riches de ce que nous n'avons pas, nous sommes riches de ce que nous allons voir, chercher, respirer, riches de ce que nous allons oser faire, viens et ne te tourne plus les sangs en dessus dessous de tout ce qui te retient… viens et remet à demain tout ce que tu dois faire, filons, viens courons comme l’air sur tous ces chemins que la raison libère… Lance toi le défit de savoir dire oui à toutes tes envies, lance toi le défit de crier à la vie, lance toi le défit de mordre dans cette folie qui attrape ta pensée, qui ficelle tes idées, laisse les se détacher, laisse les te libérer et viens attrapons vite ce train qui passe là-bas, au loin, jette tes « à priori » tes  «  à quoi bon », tes réticences, viens tu coures si bien, alors profite de ce soleil pour courir après l’abeille, courir après la veille qui arrive si vite et rattrape la avant qu’elle ne t’agrippe et ne te "grippe….avis l’air" est frais et les rayons du soleil nous tentent, viens et ne pose plus de problèmes à tous tes orteils, chausse n’importe quelles pompes et respire l’air qu’il fait…. Rien ne sera plus pareil après et tu le sais….
Dépose tes idéaux, laisse aux autres les cartons rouges et jaunes, prends le train de la vraie vie et saute à pieds sous la pluie d’étincelles, de lumière et d’irréelle… L’amour virtuel n’est rien que de l’éphémère, le vrai le beau t’attend là-haut, cours après lui et attrape le… ça vaut le coup de prendre son cou à ses genoux et de courir ainsi très vite, comme un dératé de la vie, comme un saboté du bonheur, qui sait qu’il sait fait avoir et s’enfuit pour ne jamais plus voir, ces peccadilles de bonheur qu’on lui a fait prendre pour du vrai, ces brindilles d’herbes vertes qu’on a ramassé sans savoir que c’était que du leurre, et que ça comptait pour du beurre …. Barre toi bien loin de ces mensonges et tu verras plus loin que tes songes, la Vie, la vraie qui t’attend, t’espère et qui demain sera à toi….