samedi 27 septembre 2014

Porte qui vole amasse des bosses...

Être handicapée a au moins un avantage, particulièrement quand il fait beau, que le soleil brille au bord d'une piscine chaude et que la musique est douce à côté de moi : repos obligé et du coup apprécié…
N'empêche que pour le coup la fontaine de jouvence m’aurait bien rendu service. J’aurai bien besoin de son pouvoir,  pas beaucoup,  pas de quoi redevenir jeune et  belle,  ça, ce sera pour plus tard…  Non juste quelques gouttes afin de perdre, non pas quelques kilos mais quelques jours et revenir en arrière de deux ou trois pour éviter ce moment où je suis allée chercher ces foutues chaises au garage.
Des chaises qui n'ont même pas servi en plus, ou du moins juste à me faire tomber une porte sur la tête. Et oui, parfois les éléments sont contre vous et même les portes s'en mêlent. Ce n'est pourtant pas courant de recevoir un chambranle derrière la tête quand on vient innocemment chercher quelques fauteuils de jardin.
Cette porte ? cela doit bien faire plusieurs années qu'elle repose là contre l'encadrement sans n'avoir jamais menacé personne  et j’arrive pleine d'entrain, voulant aider à  l'installation de la fête de ce soir et la voilà qui se rebiffe de ne pas avoir été posée comme ses consœurs avec tout l’art du meilleur bricoleur.
Alors, lorsque je la pousse un peu de l'intérieur parce qu'il m'est impossible de passer avec mes trois chaises dans les bras, la voilà qui sort de ses gonds et profite de mon dos tourné pour me tomber dessus ! Je ne l'ai même pas entendu ricaner derrière dans mon dos avant de s’abattre sur le bas de mon crâne de toute sa hauteur.
C'est à genoux pourtant que je me retrouve, un gros bleu le prouve encore sur mon ménisque  droit. Mais que dire de la bosse qui pointe depuis au dessus de ma nuque ?  Un peu sonnée mais pas assez pour m'achever,  je me relève,  je vais tout de suite plaisanter de ma déconvenue : dis donc j'ai bien failli mourir !
Une radio et un scanner plus tard, je me retrouve coincée dans ce carcan de minerve qui fait rien qu’à m’énerver… vivement que le temps fasse son travail, parce que moi, du coup, je ne peux plus faire le mien pour quelques semaines…
Alors ces quelques gouttes de l’abbé soury, m’aurait peut-être permis de trouver une autre occupation que d'aller chercher des chaises dans ce foutu garage ! 
Et je serais de nouveau la B qui sourit… pour vous.


vendredi 18 juillet 2014

Week-end en famille


Près de 40 personnes depuis deux jours dans la maison... wahou ça décoiffe... les touts petits petits avec leur biberon, leur sieste et leurs cris, les plus petits avec les repas, les mamans qui gèrent ou ne gèrent pas, les petits qui courent partout, montent, descendent, vont chercher à l'étage ce que les parents ont oubliés, redescendent avec autre chose obligeant le père à monter, après que la mère se soit débattue  pour le lui faire comprendre... les moins petits qui veulent dormir sous la tente et doivent convaincre leurs parents, les presque grands qui veulent faire une cabane... AH, la cabane, moment de joie, et de partage avec les tontons qui trouvent les bons morceaux de bois, les bonnes branches, le bon coin. Le vieux canis qui pourrit dans un coin devient les murs de la future maison, trois arbres tiendront les traverses et voilà un toit presque étanche pour les petits bûcherons du jour. Il est trop fort ce tonton, crie Mathieu... il faut dire que ça fait dix fois depuis ce matin qu'il le tire par la main en le priant de tenir la promesse faite " c'est quand qu'on fait la cabane tonton ?". Alors tout fier, ces petits grands emmènent les mamans visiter et toutes de s'extasier sur cette belle réalisation.
Et puis c’est l’heure de l’apéro… ouf, on va pouvoir se poser, se raconter, se souvenir et prendre des fous rires lorsqu’un de mes frères nous sort la blague du jour. Un repas qui dure où l’on goûte ce que chacun à apporter, et un dessert au chocolat que l’on se dispute pour en avoir deux fois. Pendant ce temps, je joue la petite main, dans mon coin, à chaque passage par la cuisine, je range ceci, je lave cela, je passe l’éponge, puis ferme les yeux sur le fatras posé là et retourne m’asseoir pour reprendre au vol la conversation du moment. Les enfants profitent de ce moment de liberté pour jouer sur le tapis déroulé dans la cour, font du toboggan, se disputent les Barbies et râlent quand la sieste s’approche un peu trop. Enfin un peu de temps libre pour les mamans, les petits dorment, les plus grands se baignent sous le regard attentif des jeunes qui laissent ainsi aux parents un moment de répit. Petit tournois de ping-pong, je perds avec le sourire. Jeux de boule dans la cour, il faut faire attention de ne pas mélanger les enfants et les projectiles… et le projet de partir faire un tour au salon de la lavande sur les allées de la ville s’organise. Stop, la pluie nous arrête, seuls les garçons et les papas accompagnés de mon homme s’en vont visiter le musée de l’aviation du village d’à côté. Quelques jeux calmes débutent autour de la table, sous le haut vent, pendant que les coloriages s’étalent de plus en plus sous les crayons des plus jeunes dans la salle à manger. Heureusement la pluie ne dure pas trop, n’est pas trop forte et l’on peut de nouveau le soir profiter de la cour pour une dernière partie de boules. Une plus grande nous fait des cookies sous l’œil gourmand de ses cousines et tous se régalent de ces petits gâteaux au chocolat qui sortent tout juste du four. Impossible de les thésauriser, à peine sortis ils sont mangés.
Et le week-end se termine dans la joie, la bonne humeur. On se promet des SMS dès l’arrivée. Les derniers, ceux qui traînent un peu et n’arrivent pas à se décider à remonter dans leur chaude voiture pour deux heures trente de trajet,  partagent avec nous les restes des victuailles apportées par tous. Demain, on reprend le travail… le sourire aux lèvres avec une pensée pour maman qui était près de nous, accrochée à son nuage tout au long de ces trois jours.


vendredi 13 juin 2014

Petite Rose

Une rose a percé la pierre de la neige
Une rose a percé la pierre de l'hiver
Galopez dans le ciel, chevaux blancs des cortèges
Une rose a percé la pierre de la neige
Une Rose a éclot un matin, en hiver
Un sourire a traversé le blanc de la neige,
Chantez dans les champs, chassez les sortilèges
Une Rose est tombée dans les bras de sa mère.
Un ange accompagne cette petite boule de chair
Son ange la regarde atterrir sur la terre
Il marque ses lèvres d’un « chut »nécessaire
Pour que la petite Rose oublie tout le manège
De ses vies antérieures des derniers millénaires.
Une Rose a percé la pierre de la neige
Un bonheur a traversé une nouvelle grand-mère
Une Rose, un bébé, une larme au matin
Mes yeux noyés d’amour ont réchauffé la neige
Et notre Rose qui déjà, nous donne sa petite main….
A ma première petite fille prénommée Rose
 De sa Moona


mercredi 14 mai 2014

La marque de l'Ange

Savez-vous ce qui se passe à la naissance d’un petit être ? Quand la vie entre en lui par les poumons et qu’il pousse son cri de tout son être pour se sentir vibrer et entrer dans la danse…. Savez-vous que le nouveau-né a une mémoire d’éléphant et lorsqu’il prend son élan pour plonger dans le vide, il sait d’où il vient, ce qu’il était, ce qu’il vivait dans les étoiles, ce que les anges lui ont chuchoté. Il sait les milliers de vies qu’il a dû traverser pour entrer dans celle-ci, il se rappelle toutes les personnes qu’il a rencontrées, il sait toutes les pensées qui  l’ont traversées quand il était dans les étoiles, quand il volait avec les papillons, quand il regardait en bas se débattre ces tous petits êtres qu’on appelle les humains. Il a acquis la sagesse de milliers d’années d’expérience, il a absorbé toutes les idées qu’il a croisées, il n’a rien oublié des plaisirs et des souffrances de ces vies antérieures, il a assimilé les douleurs et les bonheurs comme d’infinies connaissances et lorsqu’il pousse son cri dans le froid d’un hôpital, il clame à son entourage sa peur de l’inconnu par rapport à tout ce qu’il a déjà vécu et ce qui l’attend ici-bas… il sait tout ça le temps d’une seconde, le temps d’un sourire, le temps d’un baiser de maman, le temps de se frotter au corps chaud qui le cajole… et lorsque le cri se calme, qu’il prend connaissance de ses parents, de ce lieux où il vient d’atterrir, l’ange qui l’accompagnera toute sa vie, celui qui sera son ange gardien est là, il le regarde, le rassure, lui sourit, lui dit qu’il est arrivé à bon port, qu’il va pouvoir oublier et vivre… se penche sur lui et d’un geste tendre, il lui effleure les lèvres d’un  doigt. Juste  à la base du nez, près de la lèvre supérieure, et descend son index en disant tout doucement à l’enfant : « chut » .
Alors l’enfant oubli tout et s’endort tranquillement dans les bras de maman. Voilà pourquoi, un petit sillon se forme entre le nez et la bouche de chacun, pour nous rappeler qu’un jour, on savait et qu’un ange nous a tout désapprit. Tout cela  pour sauter dans la vie prêt à vivre notre mission sur terre et à engranger les souvenirs !

mercredi 7 mai 2014

Un anniversaire de plus

Du soleil plus qu’il n’en faut dans mon cœur et dans mes yeux, ce dimanche fut si beau… Arrivés vers midi, les enfants ont envahis l’espace en un rien de temps. La table qui se met rapidement, encore une fois dedans, le vent est trop froid pour manger à l’extérieur, les petites qui se ruent vers le bac à sable, les jouets qu’il faut enjamber, les gestes tendres, les moments de câlins qui manquent tant et qu’on rattrape vite en passant… un apéro qui se prépare, au soleil, on devrait être bien autour de notre nouvelle table, des apartés que je ne dois pas entendre, des crayons et une carte qui circulent, chacun essayant de rester discret, et moi de sourire… je n’ai rien vu, rassurez vous. Et les verres qui se lèvent, qui trinquent les uns avec les autres, le pinot des Charente qui enchante, le coca qui coule pour les enfants, et pour certains grands. Puis le ton est donné : c’est mon anniversaire, un paquet se tend, je l’attrape gênée, je murmure merci, j’ouvre en premier cette enveloppe bien cachetée que faisaient circuler les cachottiers
… des petits mots qui donnent des étoiles dans les yeux, des douces phrases que je relirais ce soir, pour les savourer tranquillement. Un bon pour un resto en tête à tête avec mon fils… hum, j’en rêvais, il l’a fait ! Un papier bien accroché que je finis par déchirer, tous les regards tournés vers moi, je m’active à sortir le cadeau du jour : une blouse de peintre pour mon atelier de peinture au couteau que je viens de mettre en place dans la pièce rien qu’à moi. Une belle blouse toute noire qui recevra bientôt toutes les couleurs de l’arc en ciel. Et des sourires encore, des exclamations quand je l’essaie, elle me va comme un gant, on dirait un professeur de Poudlard. Y’a plus qu’à s’y mettre et les toiles n’ont qu’à bien se tenir, je serai pour leur blancheur leur meilleur souvenir. Mon amour me glisse quelques nouveaux paquets, je le gronde pour la forme, j’avais déjà orchestré mon cadeau en allant sur Lyon d’où j’ai ramené de quoi peindre pour plusieurs années… Et dans chaque paquet un livre de mes auteurs qui n’oublient jamais de sortir leur Best-seller au mois de mai, juste pour mon anniversaire… Je finis par croire qu’ils le font exprès et ne veulent pas manquer le passage de mes années…Le tour pour embrasser tout mon petit monde, Il manque ma dernière fille, elle est encore en Ecosse, elle recevra mes bisous plus tard. La journée se poursuit, il est temps de passer à table, il faut courir après les petites, les servir en premier, et passer au plat de résistance que j’ai préparé. La chanson s’envole, Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Maman, Moona, B, joyeux anniversaire ! Et le super gâteau avec des bougies pour toute une vie… un, deux, trois, mais c’est que j’ai encore du souffle moi… ouf ! On boira le café dehors, le soleil chauffe de plus en plus, même si le vent nous chante sa chanson encore un peu trop fort… quelques galipettes dans le jardin, on visite le chalet de campagne que nous venons de nous offrir près du potager. Papou vient de terminer de le monter, il y était encore hier, il ne reste plus qu’à le peindre… mais non, je ne mettrais pas ma belle blouse pour ce genre de travail. Quatre petites poupées qui cueillent les fleurs du jardin, enfin, celles autorisées, pour les offrir à Moona d’un beau sourire, d’une jolie phrase, et d’un baiser qui claque sur la joue de ces coquines. Des photos à gogo pour immortaliser tout ça, notre album 2014 s’enrichit de souvenirs. Un anniversaire de « tuit ans » parce qu’il est bon de se dire que c’est formidable d’être arrivée jusque là en bonne santé et si bien entourée…

Que de bonheur en bâton à savourer toute une journée, puis une soirée, puis une année par le souvenir de ces moments riches de plaisir et d’amour. Merci mes chéris de m’aimer ainsi. 

lundi 5 mai 2014

Musique Maestro

Musique Maestro…
S’envoler sur une partition
Comme j’aimerai connaître la chanson
Qui permets de s’évader de prison
Et d’échapper aux tourbillons…
Une note, deux notes, trois notes
Et je m’envole, je me dérobe
Je prends le large, je suis la côte
Je ne rentrerai pas à l’aube …
Ecole buissonnière
Serais-je la première
A voler ainsi le temps
De juste quelques instants
D’arrêts sur le piano
D’écouter jouer le beau
De sauter dans l’abîme
Sans avoir le vertige
De monter à la cime
Aller jusqu’à la tige
D’une escapade d’un soir
D’une balade dans le noir
Et ne jamais vouloir
Repartir, revenir
Sans même vraiment savoir
Où je vais pour m’enfuir…
Alors : Musique Maestro !




lundi 14 avril 2014

Écrivains dans un bocal, chapitre 4

Chapitre 4
Lieu : une cave
Action : l’héroïne doit entendre  ou voir quelque chose qu’elle n’aurait pas du
Contraintes d’écriture : elle doit évoquer un sujet d’actualité de la semaine en cours
Fin
L’incident du mariage n’est plus qu’un souvenir qui fait sourire et plaisanter Caroline et François  chaque fois qu’ils mentionnent ce moment. Il faut dire que depuis ce samedi soir, leur relation a pas mal évoluée, Ils se vouvoient toujours, mais rapprochent un peu les distances de subordonnée à patron par des remarques joyeuses et des fou-rires mémorables. Par contre Romuald est de plus en plus distant avec elle, il ne cache pas sa hargne de les voir complices et ne manque pas de faire des reproches de plus en plus souvent à Caroline. Rien ne va jamais pour lui. Heureusement depuis ce matin, elle a signé son contrat définitif et n’est plus en observation par ses deux patrons, mais bien embauchée en CDI et en « bonnet haute forme » comme s’amuse à lui rappeler François sur le ton de l’humour. Ce François, qui depuis qu’elle s’est retrouvée à danser avec lui, ne lui est plus tout à fait indifférent. Elle a adoré être dans ses bras, sa façon de la regarder, son parfum, et même ses maladresses lorsqu’il lui a marché sur le pied. A force de rapprocher des bouts de conversation qu’elle entend ici et là, elle a fini par comprendre qu’il est célibataire. Elle a même mené son enquête auprès du nouveau mari de son amie Sophie qui lui a apprit plein de choses à son sujet : En plus du vélo, il est assez sportif, court tous les dimanche matin, il vient de Paris et s’est installé à Reims depuis son divorce. Il a un fils de 17 ans qu’il ne voit que rarement. Impossible d’en savoir plus sur son ex-femme, mais qui dit « ex » dit une relation terminée… Enfin, plein de petits détails qui remplissent sa boite à secrets et lui permettent de s’envoler vers des contrées de rêves éveillés où François devient tour à tour l’ami, le confident, et parfois même l’amant. En attendant, elle a plein de rendez vous à honorer et depuis quelques jours, elle s’y rend toute seule, comme une grande, sans le chaperon de Romuald qui commence à comprendre qu’il la drague dans le vide. Leur dernier tour de clientèle ne s’est pas très bien passé, Il n’a pas arrêté de faire des allusions à la nouvelle relation de Caroline et François, la cherchant tant et si bien qu’elle a fini par le laissé en plan dans le dernier magasin de lingerie, en prétextant un énorme mal de tête.
De retour au bureau, Romuald a vite compris qu’elle lui faisait la tête, à défaut d’avoir la migraine et qu’il n’obtiendrait d’elle que mépris et silence. 
L’affaire entre eux a failli tourner au désastre quelques jours plus tard.
Caroline, depuis le début de son embauche dans cette boite, se pose des tas de questions sur le but réel de cette entreprise. L’entrepôt d’où partent les commandes est sans cesse fermé à clés, Romuald, qui s’occupe des livraisons, gère l’ouverture et la fermeture de la porte derrière le bureau, et Caroline n’est réellement entrée dans cette pièce qu’une fois ou deux, à peine le temps d’apercevoir les longues étagères où sont stockés les produits. Sa curiosité s’aiguise de plus en plus, les paquets sont lourds et si bien emballés qu’il est impossible de savoir ce qu’il y a dedans. Un soir, vers 17 heures, alors que ses deux patrons sont partis boire un café, juste en face du bureau, elle s’aperçoit que la porte est restée ouverte. Du coup, la voilà qui se faufile dans cette vaste salle, se dirige tout droit vers une petite porte sur le fond et entre dans une sorte de cave sans ouverture vers l’extérieur. Il fait si noir qu’elle se demande s’il est bien raisonnable de s’y aventurer, mais poussée par le désir de savoir ce qui se trame vraiment dans ces lieux, elle tâtonne à la recherche de l’interrupteur. Sa main trouve enfin le bouton et la pièce s’illumine à son contact. D’un coup, devant ses yeux s’étale  un véritable atelier. Bien  que  déserts et poussiéreux, elle se rend compte que les lieux sont occupés de temps en temps. Des mètres de tissus ornent les étagères, elle reconnait dans un coin de la pièce, quelques colis encore emballés livrés depuis peu… des patrons en carton ou en papier sont épinglés sur un métrage, étendu sur une grande table, une paire de ciseaux toute proche, prête à couper, deux machines à coudre industrielles prêtes à servir, et dans le fond de la salle, plusieurs portants remplis de porte manteaux occupés par des vêtements. Caroline s’approche doucement, oubliant qu’elle pourrait être découverte d’un moment à l’autre par un des associés. L’odeur de renfermé ne la dérange pas, elle se demande ce que font tous ces costumes pendus sur ces patères. Pourquoi tout cet étalage d’étoffes de couleurs vives et soyeuses. On dirait comme des costumes de théâtre, elle reconnait des robes d’époque ancienne, des gilets de gentilhomme,  les étagères du haut sont couvertes de vieux chapeaux tous aussi excentriques les uns que les autres.  Des châles sont pliés, repassés et en pile sur les étagères de dessous à proximité de chemises blanches à jabot en dentelle… Elle tourbillonne dans la pièce, oubliant sa crainte d’être découverte, elle passe d’un vêtement à l’autre surprise de la qualité du travail, envahie par l’ambiance que donnent tous ces habits d’un autre temps. L’évidence  lui saute aux yeux : C’est un atelier de fabrique de costumes de scènes… Mais pourquoi tout ce mystère ? Pourquoi une telle manufacture dans la cave de cette entreprise ?  Tout en tournant dans les lieux, elle n’a pas entendu le cliquetis de la porte mais le bruit qu’elle fait en se refermant brusquement la fait sursauter. La lumière s’éteint d’un coup, Caroline ne  retient pas son cri. En arrêt, comme un animal traqué, elle porte les mains à sa bouche, essaie de calmer les battements de son cœur, se tait et écoute les bruits aux alentours. Elle voudrait refaire le chemin inverse mais dans le noir elle peine à trouver sa route.  L’angoisse de se frotter à celui qui lui joue ce tour, la terrorise. Son esprit est emmuré dans des délires de plus en plus grand, comme la vision de celui dont on fait le procès actuellement. Encore ce matin, elle entendait aux information  le portrait de cet homme accusé d’avoir tué sa maitresse, un certain Maurice Agnelet, si ses souvenirs sont bons, c’est vrai que c’est un vieux meurtre, mais elle sait qu’il s’en passe tous les jours de bien plus sauvages et sa frayeur est à son comble, elle s’englue dans ses pensées et commence à paniquer vraiment. Son imagination, qu’elle a, en temps normal, débordante, ne se contrôle plus, elle sent que la terre va s’ouvrir sous ses pieds. Elle doit réagir et finit par se persuader que ce ne peut être qu’un tour d’un de ses patrons qui l’a surprise entrain de farfouiller, elle décide d’appeler.

-           François ? Romuald ? Je suis là, je suis désolée, je n’aurai pas du venir ici… je m’excuse, éclairez maintenant, je sors et oublie tout de suite ce que j’ai vu… Mais c’est peine perdue, personne ne lui répond. Elle continue son monologue, sentant de plus en plus la présence de quelqu’un près de la porte. Elle entend sa respiration, elle devine presque sa forme, elle ne sait plus si elle doit chercher à fuir ou s’avancer vers cette ombre.
-           Ca suffit maintenant, je crois que vous m’avez fait assez peur, allez, rallumez et je m’en vais dit-elle en tremblant et au bord des larmes.
 La lumière se rallume enfin, Caroline éblouie se retrouve face à Romuald. Il a l’air bizarre, un vilain rictus lui tord le visage, elle n’arrive pas à définir ce qu’il pense… Est-ce de l’amusement, de la colère ?
-           Romuald, vous m’avez fait une de ces peurs. Ne m’en veuillez pas, je retourne au bureau, dit-elle, sur un ton le plus neutre possible. Je vous garantie que je n’ai rien vu d’important, de toutes les façons je me moque bien de ce qui se trame ici.
Il ne répond pas tout de suite, se contente de la regarder, lui barre la route, ses yeux sont verts de gris et plein de morgue. Il semble à Caroline, que s’il pouvait, il lui lancerait des éclairs. Il est certain qu’il se moque bien de la peur qu’il lui vient de lui faire puis dans un ton mi-figue mi-raisin il finit par lui lancer :
-           Et bien, petite curieuse, je vois que l’avidité de savoir t’a mené dans la tanière de Barbe bleue. Sais-tu comment ont terminé les 7 femmes de ce brave barbu ?
-           Ne vous méprenez pas, Romuald, je…
-           Laisse moi finir, je ne pense pas que tu puisses avoir droit à la parole alors que tu as outrepassé mes ordres.
-           Mais ce n’est pas ce que vous croyez, essaie de plaider Caroline
-           Ca suffit ! s’écrie ce dernier. Je t’avais demandé de ne pas venir dans cette pièce, pour qui te prends-tu petite fouineuse ? Penses-tu que nous t’avons embauché pour fureter dans des endroits qui ne te regardent pas. Tu ne sais pas où tu viens de mettre les pieds…
Et s’approchant vivement de Caroline, il l’attrape par le poignet sans douceur et la traîne jusqu’à l’entrée de la cave.
-           Sors d’ici tout de suite avant que je ne change d’avis et que je ne te réserve un autre sort que celui de te mettre dehors.
Caroline ne perd pas de temps à discuter et court, traverse l’entrepôt pour retourner dans le bureau. C’est toute essoufflé qu’elle rentre tête première dans son autre patron qui s’étonne de sa fuite.
-           Et bien que vous arrive-t-il Caroline ?
Préférant jouer carte sur table avec lui, et certaine que Romuald va tout faire pour la licencier rapidement la voilà qui rétorque
-           Je crois que j’ai été un peu trop indiscrète, je ne sais pas ce qui se fait derrière la façade de votre société, mais je préfère vous donner ma démission et…
-           Votre démission ? Éclate de rire François, juste parce que ce cher Romuald a été démasqué ? Allons, venez prendre un café et calmez vous, vous avez droit à quelques explications. Je vais vous les donner, et tant pis pour mon cher collègue qui aurait du faire débarrasser les lieux depuis longtemps. Enfin, c’était notre deal d’il y a quelques mois, et tout est encore comme du temps de son père.
Interloquée par sa découverte, décontenancée par le discours de François, Caroline fond en larmes et se retrouve assise sur une chaise en hoquetant
-           Je ne voulais pas être indiscrète, je ne sais pas ce qui m’a prit, je regrette d’avoir poussé cette porte, je ne dirais rien à la police, je suis désolée, je vais rentrer chez moi et ….
-           …Et vous allez arrêter de délirer maintenant, la coupe François d’un ton un peu plus sec. Votre imagination est sans doute en pleine activité, mais je crains que vous ne puissiez comprendre ce qu’il en est sans mes explications. Et l’aidant à se lever, il la pousse gentiment vers la porte puis jusqu’au bistrot d’en face.
Attablée en face de lui, une bière bien fraîche lui redonne des couleurs. François attend poliment qu’elle se remette de ses émotions puis entame :
-           Le père de Romuald était un saltimbanque, enfin, il tenait un théâtre et avec sa troupe, jouait tous les soirs pour un public plutôt tolérant à mon goût. Romuald est du coup un peu artiste lui aussi, mais surtout un grand passionné de tout ce qui tourne autour de la scène. Il avait une admiration profonde pour son père et ne s’est jamais vraiment remis de son décès. Depuis, il passe beaucoup de temps dans cette « boutique » spéciale, et reprend un peu le travail de son père, comme lui, il confectionne des costumes qu’il essaie de vendre, sans trop de succès, à des salles de la ville ou d’ailleurs. Voilà, il n’aime pas en parler, encore moins avec une inconnue, qui plus est, une femme. Il ressent cette passion comme une faiblesse, son père n’a jamais vraiment percé dans le monde du théâtre, d’où la prolifération des costumes. Son savoir coudre lui vient de lui, tout petit il restait des heures à le regarder faire des habits Mais vu son côté macho, il a beaucoup de mal  à assumer ce hobby. Vous savez tout, maintenant si vous souhaitez toujours démissionner, je ne pourrais pas vous retenir, mais sachez que je le regretterai fortement.  
Caroline est abasourdie par ces curieuses révélations, elle relève le nez de son verre,  regarde son patron, il a l’air sincère et presque amusé de la situation. Ce Romuald lui a vraiment fait peur, comment continuer de travailler avec lui ? D’un autre côté, elle ne peut se cacher l’attirance qu’elle a pour son deuxième patron et elle doit bien réfléchir à ce qu’elle va dire.  Romuald semble être un drôle de personnage, à croire qu’il porte un masque le jour et un autre la nuit.  Reprenant tout à fait ses esprits, elle sourit à François.
-           Alors tous ces énormes colis qui arrivent régulièrement de plein de régions différentes, ce sont des rouleaux de tissus ?
-           Tout juste, il les fait venir par transporteur de plusieurs pays comme la Turquie ou le Maroc, selon ses besoins, et surtout les costumes qu’il veut créer. Le problème est la place et l’argent que tout cela prend, c’est pourquoi je lui ai demandé d’arrêter cette usine qui ne sert pas à grand-chose, sans compter l’énergie qu’il met à fabriquer des vêtements qu’il ne prend même pas la peine d’essayer de vendre. Y-a-t-il autre chose qui vous tracasse Caroline ? Vous voyez que la police n’a rien à faire dans cette histoire, Romuald est parfaitement en droit de perdre son temps à faire des déguisements…
-           J’ai vraiment dû vous paraître idiote, merci de m’avoir raconté tout ça
-           Et bien maintenant, c’est un peu comme si tu faisais partie de la famille, reprend-il en la tutoyant… on se tutoie du coup ? Enfin si ce n’est pas trop difficile de travailler avec des patrons qui deviennent aussi des amis.
-           Pas de problème, répond Caroline, Je crois qu’on va faire une super famille tous les trois, maintenant que je vous connais mieux. Et comme dirait Romuald : on va faire un tabac !
De retour au bureau, ils retrouvent Romuald, la tête dans les mains, le regard fuyant, comme un petit garçon prit au piège. Caroline s’approche de lui et d’un geste maternel, lui prend le visage entre les mains et lui claque une belle et grosse bise sur la joue.
-           Je trouve ça formidable Romuald et si tu n’y vois pas d’inconvénient, non seulement je reste votre commerciale, mais je me fais fort de trouver des acquéreurs pour les costumes, en plus des sous-vêtements… et puis j’adore coudre mais ne suis pas des plus douée, par faute de temps, tu m’apprendras à tes heures perdues ?
Romuald lui sourit, lui prend la main et dans un rire plus franc, il lance
-           J’avais justement besoin d’une essayeuse de costume alors pourquoi pas une assistante ?
Caroline sait à cet instant qu’elle vient de se faire un ami, et pourquoi pas un amant de François lorsqu’il aura enfin comprit ce qu’elle attend de lui.